Paul Ekman

Interview : Paul Ekman, un pionner du langage du corps

Lorsque j’ai entendu pour la première fois cette interview sur le site de mon confrère anglais Craig James Baxter, je n’ai pu m’empêcher de lui proposer de la traduire en français pour la partager avec vous. Ce qu’il a très gentiment accepté. 😉

Il est en effet rare de trouver une conversation de si grande qualité et si riche en enseignements avec un tel pionner du non-verbal. Paul Ekman est considéré comme l’un des plus éminents psychologues du 20ème siècle et il fut l’un des premiers à étudier les émotions dans leurs relations aux expressions faciales (théorie de détection des microexpressions)

Dans cette interview, vous allez pouvoir découvrir :

  • les résultats de son entretien avec le Dalaï Lama sur les émotions,
  • les dernières avancées dans le domaine de reconnaissance des expressions faciales,
  • son implication personnelle et professionnelle dans la série Lie To Me (+quelques dessous croustillants)
  • et bien d’autres astuces non-verbales


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Transcription texte (en français) de l’interview de Paul Ekman

Craig J. Baxter : Je tiens tout d’abord à vous remercier chaleureusement de nous donner de votre temps pour all-about-body-language.com. Nous sommes infiniment reconnaissants de pouvoir nous entretenir avec vous.

Dr Paul Ekman : Pas de problème.

CJB : J’ai quelques questions pour vous si vous le permettez ?

PE : Je vous en prie.

CJB : Fantastique ! La première chose concerne votre livre avec Sa Sainteté le Dalaï-lama. Y a-t-il des similitudes entre vos recherches sur les émotions, et ses enseignements sur le bouddhisme ?

PE : Eh bien, c’est évidemment ce que nous avons exploré et le livre n’est pas vraiment un ouvrage ordinaire. Il ne s’agit pas d’un texte mais d’une conversation. C’est le dialogue que nous avons eu tous les deux tandis que nous cherchions une nouvelle base dans la compréhension de la nature des émotions.

Et le bouddhisme tibétain ne tient pas pour acquis tout ce que nous faisons. Et je ne tiens pas pour acquis tout ce qu’ils font.

C’était donc une conversation très intéressante. Lorsque le livre a été publié, nous nous étions entretenus 24 heures. Depuis nous nous sommes vus de nouveau 10 ou 15 heures pour continuer cette exploration et nous sommes parvenus à obtenir quelques idées nouvelles, auxquelles nul d’entre nous n’avait pensé auparavant.

C’était une conversation très intense et le titre du livre reflète l’une de nos pensées communes. Celle qui dit que la clé de l’amélioration de votre vie émotionnelle consiste à introduire la conscience, ou des éclats de conscience dans le processus émotionnel.

Maintenant, les émotions ont évolué pour faire face aux situations d’urgence comme à l’époque face à un tigre à dents de sabre. L’équivalent moderne serait une voiture sur l’autoroute qui arrive en sens inverse de votre voie et où quand vous devez d’un coup, sans même y penser, sans même en avoir conscience, vous devez réagir, parfois même dans des situations très complexes, mais sans y penser.

Maintenant, c’est très bien pour les situations d’urgences, mais pas toujours aussi bien pour les interactions émotionnelles avec nos amis, notre conjoint, nos enfants ou nos clients, où quelques fois nous réagissons comme s’il s’agissait d’une urgence alors que ce n’est pas le cas.

CJB:  Oui.

PE : Nous voulons avoir le choix ou non de s’engager émotionnellement. Nous devons êtres conscients du moment où l’émotion commence à surgir ou au moins être conscients quand nous commençons à agir émotionnellement. Très souvent, nous ne le sommes pas ! Ce n’est qu’ensuite que nous réalisons que nous avons subi une émotion.

Je suis tellement frustré par le système téléphonique dans mon bureau qu’exaspéré, j’ai dit à mon assistant : « Je vais apporter une paire de ciseaux et couper les fils de tous les téléphones »

C’est évidemment quelque chose de stupide à dire mais j’étais sous l’emprise d’une émotion et je n’en étais même pas conscient. Je me suis entendu dire ces mots mais je ne réalisais pas pourquoi je les disais.

CJB: Wow, fantastique ! Concernant votre recherche sur les expressions faciales, quel a été selon vous la plus grande avancée dans ce domaine depuis les années 1960 et quelle sera la prochaine ?

PE : En fait, il en existe deux et l’une mène à l’autre. La première avancée a été de contrecarrer la théorie de Margaret Mead qui disait que les expressions étaient entièrement déterminées par la culture comme par exemple que le sourire n’avait rien à voir avec la joie dans d’autres cultures, seulement la notre.

Et Charles Darwin a écrit en 1872 le livre remarquable sur la communication non-verbale intitulé « Les expressions d’émotions chez l’homme et les animaux » dans lequel il affirmait exactement le contraire.

Cependant, aucun d’entre eux n’avait de preuves, et quand j’ai pris part au débat en 1965 et 1966, je ne me préoccupais pas vraiment de qui avait raison. Je voulais seulement voir si je pouvais trancher la question pendant qu’il était encore. Et l’étude cruciale que j’ai pu réaliser avant qu’il ne soit trop tard a consisté à trouver des peuples totalement isolés, qui n’avaient jamais été exposés aux étrangers ou aux médias et j’ai trouvé ces peuples dans les hauts plateaux de la Nouvelle-Guinée, et j’ai découvert que les expressions des émotions étaient les mêmes peu importe l’endroit sur la planète. Bien qu’il y ait des variations dans la gestion des expressions, l’expression est la même pour au moins 6 d’entres d’entre elles, et peut être même 7 émotions qui sont universelles à notre espèce et 4 ou 5 que nous pouvons identifier chez d’autres primates.

C’était la première grande avancée dont l’importance a été démontrée une décennie plus tard avec les travaux sur la compréhension du cerveau et du comportement.

La seconde avancée a été le développement d’un outil permettant de mesurer efficacement et décrire tout ce que peut faire le visage. Jusqu’à notre publication du système de codage des actions faciales « Facial Action Coding System » (FACS) en 1978, il n’y avait aucun moyen de répondre à la question : « Quel est le nombre d’expressions différentes que peut produire l’être humain ? »

Combien d’entre elles sont liées aux émotions ? Comment je peux être absolument certain que deux personnes fassent la même expression alors qu’elles apparaissent légèrement différentes en raison des traits faciaux ?

Le visage est avant tout un système d’identification qui nous permet de distinguer une personne d’une autre. Et chacun d’entre nous  a un visage différent. Il est très rare dans la vie qu’une personne vienne vers vous et vous prenne pour quelqu’un d’autre. Peut-être cela se produit-il une fois dans une vie.

Nous avons des traits faciaux très différents mais ces expressions universelles apparaissent de manière très légèrement différente en raison des différences liées aux rides, à la couleur de la peau, à la forme des traits du visage, etc. et le FACS permettait pour la première fois une description et des mesures précises.

Maintenant il existe une centaine de scientifiques à travers le monde qui utilise ce même outil pour la mesure des mouvements faciaux. C’est l’équivalent du microscope qui explore les cellules, le FACS vous permet de le faire pour la première fois avec le visage.

Voilà donc les deux choses importantes. Une dans les années 60 et une dans les années 70 qui ont réellement révolutionnées non seulement notre compréhension des expressions mais aussi notre compréhension de l’émotion elle-même parce que le visage reste la meilleure fenêtre sur ce qui se produit émotionnellement.

CJB : Oui. Donc concernant les expressions faciales, selon vous, combien faut-il de temps pour qu’une personne devienne efficace dans la détection des micro-expressions ?

PE : Bien. Nous avons testé plus de 15.000 personnes dans toutes les sphères de la vie et 99 % d’entre elles ne peuvent tout simplement pas voir les micro-expressions. Les micro-expressions sont liées à la dissimulation et elles sont très rapides, environ un quart de seconde.

Nous avons mis au point un outil appelé l’outil d’entrainement aux micro-expressions (METT) qui se trouve sur notre site web, qui prend environ une heure d’entrainement et une centaine de milliers de personnes à ce jour ont déjà utilisé cet outil en ligne et ont appris à identifier les micro-expressions.

Et une fois que vous pouvez les voir, vous avez ouvert vos yeux sur ce qui était pour vous auparavant invisible et votre aptitude à déceler les expressions normales s’est énormément améliorée.

La plupart des gens trouvent cet outil amusant. ll est vraiment conçu de sorte qu’il soit facile à utiliser et nous venons justement d’élaborer une nouvelle version qui vous apprend comment apprendre les micro-expressions avec uniquement une vue de profil.

Vous n’êtes pas tout le temps en conversation seul à seul, l’un en face de l’autre. Le plus souvent, vous ne voyez que le profil de cette personne. Ceci est également valable pour la surveillance. Cela demande une grande habilité pour reconnaitre les mêmes émotions avec seulement une vue sur le profil de la personne.

CJB : Oui. Vis-à-vis de vos débuts dans ce domaine quel rôle a joué votre mentor Silvan Tomkins pendant ce temps ? Le considériez-vous comme le détecteur des expressions faciales le plus efficace de tous les temps 

PE : Eh bien n’ayant jamais eu l’opportunité (sauf dans mes rêves) de rencontrer Charles Darwin, je peux dire avec certitude qu’au 20ème siècle, c’était Tomkins qui était le plus intéressé sur le visage. Silvan Tomkins m’a donné le goût d’étudier le visage parce qu’il était capable de me montrer, en utilisant des images vidéos au ralenti sur ma caméra ; il était capable de me montrer des informations sur le visage et j’ai pensé que si Tomkins pouvait le voir, alors je devais être en mesure de mettre au point un outil scientifique de sorte que n’importe qui puisse mesurer ce que Tomkins voyait.

Il a été l’inspiration sur mes travaux interculturels. Il était impatient de me voir faire cela, étant un fervent défenseur de la vision darwinienne.

Bien sûr quand j’ai commencé, je ne savais pas s’il avait raison ou s’il avait tort, je savais seulement de découvrir quels étaient les faits. Mais ensuite quand j’ai décidé de mettre au point le FACS, Silvan m’a dit que c’était trop complexe, que j’allais me perdre et ne jamais réussir.

Bien sûr, ceci s’est avéré être faux, nous avons réussi et il était très heureux à ce propos.

Sa théorie sur la façon dont le visage exprimait les émotions. Peut-être devrais-je la présenter différemment.

Sa théorie sur ce qui déclenche les émotions s’est avérée être incorrecte, mais au milieu des années 1960, il était l’une des deux ou trois personnes dans le monde qui pensaient que c’était plus qu’une perte de temps que t’étudier les expressions faciales.

CJB : Est-ce cette histoire à son sujet est vraie ? Celle qui dit qu’il était capable de lire les expressions faciales des criminels et qu’il pouvait aussi prédire le type de crime impliqué ?

PE : Je ne sais pas si c’était vrai, je sais qu’il l’a proclamé, mais je n’ai jamais pu obtenir sa coopération pour tester réellement et rigoureusement cela. Ce test n’était pas difficile à réaliser, mais il n’a jamais été testé et Tomkins n’est plus en vie, alors nous nesavons pas si c’est possible. Et même si j’ai beaucoup travaillé les forces de police, je n’en ai jamais eu vraiment l’occasion. Dans mes travaux, vous devez voir les expressions, qui sont des mouvements, vous devez voir les changements sur le visage très souvent en microsecondes, ou quelques fois en quelques secondes.

Mais sans mouvement, il est difficile d’effectuer des mesures précises.

CJB : Alors en ce qui concerne les expressions faciales et plus particulièrement les micro-expressions, l’émission télévisée « Lie To Me » était extrêmement populaire non seulement en Grande-Bretagne, mais également à travers le monde et j’ai vu sur le blog que vous écriviez conjointement à chaque épisode où vous disiez que la série apportait parfois des éléments erronés, pouvez-vous nous donner quelques exemples où ces éléments erronés ont eu lieu dans l’émission « Lie To Me » ?

PE : Je révisais tous les scripts trois semaines avant qu’ils les tournent et je leur donnais des retours et souvent, je leur donnais des exemples sous forme de vidéos montrant comment les choses se passent, mais ils ne suivaient pas toujours mes recommandations parce que parfois les éléments faux étaient tout simplement trop alléchants pour y renoncer.

Alors dans le tout premier épisode, ils ont dit… enfin le Dr Lightman le soi-disant scientifique censé être basé sur ma vie dit que les gens mentent 12 fois par heure.

Eh bien, je lui ai répondu que nous ne disposons d’aucun moyen de savoir combien de fois les gens mentent.

Vous ne pouvez pas demander aux gens combien de fois ils mentent car même s’ils le savent, vous ne pouvez pas vous attendre à avoir une réponse honnête, et bien sûr, nous ne sommes pas toujours conscients que nous mentons, certains mensonges deviennent habituels.

À moins que vous ayez une cape d’invisibilité et suivez les gens, vous ne savez pas,

Mais les gens de la série savaient qu’ils n’avaient pas de bases scientifiques sur cet élément, mais ils l’ont présenté comme s’ils en avaient.

Une autre chose qu’ils ont mal fait lors du premier épisode était de confondre « la surprise », la réaction qui suit un événement soudain et inattendu avec le réflexe du « sursaut », qui est une réaction faisant suite à un bruit soudain et très fort ou qui peut aussi être provoquée en se faisant toucher par derrière alors que vous ne pensez pas qu’il y a quelque chose derrière vous. Ces deux expressions sont totalement différentes.

Je crois que c’est la seule fois dans l’histoire de la télévision, dans un divertissement télévisé, dans lequel la chaine TV permettait à un critique d’écrire une critique sur chaque épisode et il la mettait sur leur site web chaque semaine.

Maintenant ils l’ont fait non seulement par bonté d’âme mais aussi le créateur de la série avait très hâte de me voir le faire. Pour la Fox, cela augmentait l’audience totale de la série. Et cela leur permettait d’augmenter les prix vis-à-vis des publicitaires.

Le problème avec la série, même si elle a sensibilisé les gens au sujet du mensonge, elle le traite avec trop de facilité et je commençais très souvent mes commentaires très souvent en disant « Je n’ai jamais résolu le problème aussi vite, et avec autant de certitude que le fait le Dr. Lightman », mais il avait seulement 44 minutes.

Si vous me disiez que je n’ai que 44 minutes, je vous dirais « Allez frapper à la porte de quelqu’un d’autre » si la question consiste à déterminer s’il s’agit d’un auteur de crime ou d’un terroriste, ou d’un escroc. Les conséquences sont très élevées, vous devez être très prudent.

J’ai essayé de les amener à faire un épisode où les scientifiques commettent une erreur et elle avait des conséquences désastreuses parce que ce n’est jamais parfait. Même quand j’ai tout le temps nécessaire, environ 5 à 10% du temps, je ne peux pas dire si la personne ment ou dit la vérité. Ça ne marche pas à 100 %. Maintenant, une fiabilité à 90 % c’est déjà bon, c’est beaucoup mieux que par chance, mais ce n’est pas parfait.

CJB : A ce sujet, est-ce qu’un personnage était basé sur le « Truth Wizard Project » (génie de la vérité) ? Est-ce que Ria Torres, qui était identifiée comme un « Truth Wizard », qui était capable de déceler le mensonge sans aucun entrainement officiel, c’est de ce projet que vient son personnage ?

PE : Oui, ils connaissaient mes recherches et ce que nous appelons le « Truth Wizard » (génie de la vérité) et il existe un très petit nombre de gens, qui sans aucune formation spéciale, ont cette capacité et nous avons écrit un peu à leur  sujet mais le scientifique qui travaillait avec moi sur ce sujet est décédé avant d’avoir terminé. Je ne sais donc pas si ces résultats verront un jour la lumière du jour. Mais oui, ils ont bâti le personnage de Torres sur cette partie de mes résultats.

Le créateur de la série Sam Balmer a bien fait son travail. Il avait lu tout ce que j’avais écrit et il a du passer 4 à 5 jours à me parler, à me poser des questions. Et avant qu’il ait écrit son premier script, il était extrêmement bien informé. Malheureusement, il est parti après la fin de la première année et ceux qui ont pris la relève n’étaient pas assez informés, puis les gens de la troisième année en savaient encore moins. Et cela a coïncidé avec Tim Roth, qui jouait le rôle du scientifique, décidant qu’il n’aimait plus faire la science. Il voulait que la série tourne autour de sa personnalité et les taux d’audience diminuaient de plus en plus parce la série n’apportait plus rien au public.

CJB : Avez-vous été surpris quand la série a été supprimée, ou est-ce que vous vous y attendiez sans cet aspect scientifique ?

PE : C’est ce à quoi je m’attendais et ce que je voulais qu’il se produise. Elle prenait encore environ une journée par semaine je ne me souviens pas qu’il y avait un quelconque bénéfice réel. Une de mes critiques au sujet de l’émission au cours de la troisième année, était la mention très brève « Pas de science, pas de commentaires. » C’est tout ce que j’avais à dire, il n’y avait aucun signe d’elle et Tim Roth, même s’il était un bon acteur, cela ne faisait aucun doute, il devenait de plus en plus radical dans son personnage et je pense, de moins en moins intéressant pour les gens.

CJB : Oui, parce qu’il était sensé vous représenter dans son rôle. Donc en n’étant de moins en moins bon dans son personnage et ne faisant pas les choses correctement, ceci devait naturellement avoir une influence sur vous parce qu’il était presque une copie de vous ? Alors, j’imagine que c’était difficile de voir la série dégringolée.

PE : Dans mon contrat avec la Fox, j’ai précisé qu’il devait être d’une nationalité différente, d’une religion différente, il ne pouvait pas être marié, il ne pouvait pas avoir deux enfants et il devait avoir une personnalité différente. Il pourrait encore rester un scientifique étudiant le mensonge, mais je voulais vraiment que sa personnalité soit très différente de la mienne et il faisait beaucoup de choses que j’ai commentées dans mes critiques que je n’aurais jamais faites. Il lui arrivait souvent de mentir aux gens pour essayer de découvrir la vérité, et je pense que ce n’est non seulement pas éthiquement correct, mais l’information que vous obtenez lorsque vous mentez peut être erronée, et cela ferme des portes lorsque les gens découvrent ce que vous avez fait.

Le Royaume-Uni dispose de meilleures lois qu’aux Etats-Unis, à cet égard dans le monde de la justice pénale. Aux États-Unis, vous pouvez dire au suspect « nous avons trouvé l’arme avec vos empreintes » ce qui est un pur mensonge, alors il vaut mieux avouer tant que vous avez une chance. Au Royaume-Uni, vous ne pouvez pas mentir à un suspect. Un bien meilleur système. Nous travaillons avec quelques agences anglaises des forces de l’ordre, et je pense que votre peuple est mieux formé que le nôtre et qu’il opère sous un meilleur système éthique que le notre aux États-Unis, mais vous avez un système centralisé avec un Conseil de chef de l’ordre.

Je crois qu’il existe 12 chefs de l’ordre en Angleterre et s’ils consentent à une modification, alors cette modification prend effet dans tous les corps de police à travers l’Angleterre. Aux États-Unis, ils sont tous indépendants. Si la police de San Francisco effectue une modification, ceci n’aura pas d’effet sur Okland. D’une part, à cause de notre rébellion contre l’autorité centrale, contre le Roi George, chaque service de police est entièrement indépendant de tous les autres. Il n’y a aucune centralisation, alors nous avons beaucoup de pratiques à disposition.

CJB : Alors, concernant toute cet entrainement, comment les gens peuvent-ils en savoir plus, avez-vous quelques programmes en terme de détection de mensonge vous menez à travers le pays ou ici au Royaume-Uni ?

PE : Oui nous avons de programmes ! Si ces personne veulent avoir un outil de formation en ligne pour déceler des micro-expressions, ils doivent visiter mon site web qui est www.paulekman.com, mais si elles veulent assister à un atelier, que nous rendons disponible en Angleterre et dans le monde anglophone ainsi qu’en Europe, alors elles doivent visiter un autre site web : www.paulekmaninternational.com et sur site il est possible de trouver où sont proposés les cours, et ils peuvent s’inscrire s’ils veulent y assister. Celui sur le mensonge dure quatre jours, c’est beaucoup de temps, mais c’est une approche très sérieuse pour que les gens soient les plus compétents possibles. C’est l’un des cours les populaires, non seulement pour les forces de l’ordre, mais beaucoup de gens dans les relations humaines dans le monde de l’entreprise qui décident de l’embauche et de la promotion, des gens qui font face à l’espionnage industriel, des gens qui procèdent à des négociations, les gens intervenant dans des ventes sont tous intéressés par le fait d’être en mesure de distinguer entre la vérité et le mensonge.

CJB : Alors, que prévoyez-vous pour le reste de cette année et l’année prochaine Dr Ekman, que pouvez-vous nous faire part de vos prochains projets ?

PE : Eh bien je consacre le plus clair de mon temps à mettre au point un nouvel outil d’entrainement parce que c’est justement le moyen qui me permet d’atteindre le plus de gens à travers le monde, alors au cours du mois prochain, il y aura un nouveau site web pour www.paulekman.com, je pense, avec une meilleure apparence. Il y aura la nouvelle version de l’outil de formation sur les micro-expressions, qui sera plus convivial, il y aura une version avec le profil, une version pour experts. Au lieu de passer une heure, vous allez passer jusqu’à trois heures vous pouvez essayer de devenir aussi bons que vous pouvez à détecter les microexpressions

Maintenant nous disposons d’une autre suite d’outils appelée « Réagir efficacement aux expressions émotionnelles ». Supposons que vous venez de dire à quelqu’un qu’il n’a pas obtenu une promotion et vous décelez une micro-expression de colère, qu’elle serait votre réaction face à cela ? Et bien c’est ce que cet outil de formation en ligne est censé vous apprendre en vous donnant des réactions alternatives, des commentaires avec chaque réponse, et il existe une formation pour les lieux de travail, la vie familiale et pour le monde de la justice pénale et tout ça, c’est un nouveau cours, et il n’existe pas d’offre similaire partout ailleurs dans le monde et elle fait vraiment passer les gens à la seconde étape.

La première étape consiste à déceler les émotions, mais la deuxième étape consiste à déterminer et d’avoir les compétences à réagir à ces émotions que vous avez décelées. Donc ces outils devront être tous en ligne en septembre (2012). À la fin de l’année (2012), nous disposerons d’un outil supplémentaire spécialement conçu pour les couples qui leur permet de mieux comprendre comment ils peuvent surmonter leurs désaccords et ce qui les mettent en colère l’un envers l’autre et c’est encore une nouvelle suite d’outils et nous travaillons sur sa programmation actuellement.

CJB : Wow, fantastique. J’ai une dernière question pour vous Dr Ekman, avez-vous quelques nouveaux livres en développement prochainement ? Qu’envisagez-vous d’écrire prochainement ?

PE : J’envisage d’écrire un livre au sujet de l’art de vivre dans la culture de l’âge de pierre en Nouvelle-Guinée au milieu des années 60, ces gens n’existent plus et il n’existe pas beaucoup de gens qui ont eu cette opportunité avec beaucoup d’aventures. Tous les résultats scientifiques ont été publiés, mais aucun, au sujet de ce que c’était pour une personne de vivre dans une situation pareille comme je l’ai vécu.

Alors, ça pourrait être mon prochain livre. J’envisage également un autre livre basé sur mes récentes discussions avec le Dalaï-Lama au sujet de la nature de compassion et ce livre me prend beaucoup de temps, mais je crois que pour la fin de l’automne (2012), je prendrais un peu de temps du développement des outils en ligne pour écrire d’autres livres, parce que j’aime les livres, car ils présentent pour moi quelque chose que j’apprécie.

CJB: Dr Ekman, c’était absolument merveilleux de discuter avec vous. David et moi-même nous vous remercions énormément ici à www.all-about-body-language.com. Nous allons, sans aucun doute, promouvoir toutes vos œuvres et vous aurez une section spéciale sur notre page en bas des « Pionniers du langage corporel » où vous allez partager cette section avec Charles Darwin et Sir Francis Bacon. Vous aurez une belle notoriété sur notre page également.

PE : Bien, il n’y a pas de meilleure compagnie que Darwin alors merci beaucoup.

CJB : Je vous en prie Sir, ce fut un pur plaisir de discuter avec vous.

9 réponses
  1. Paul Olivier
    Paul Olivier dit :

    Bonjour Romain,

    Merci pour la traduction de cette interview !
    Le plus intéressant est lorsqu’il parle des principales avancées de la science concernant les expressions faciales. Notamment la partie sur le fait que le sourire a des caractéristiques universelles qui ne dépendent pas de la culture, est très intéressant !

    Je reviendrai !

    Paul Olivier

    Répondre
  2. Jean-Yves
    Jean-Yves dit :

    Merci pour l’interview !

    J’avais vu ses « coups de gueule » sur les commentaires des épisodes de la série Lie to me sur le site de la Fow à l’époque :)

    J’ai aussi vu que la deuxième saison était reprise par une équipe habituée à tourner des polars d’action, cela ne présageait rien de bon :)

    La troisième saison je ne l’ai même pas regardée ! Tu le connais le blogueur à l’origine de l’interview ?

    Répondre
    • Romain
      Romain dit :

      Hello Jean-Yves !

      Je ne connais pas Craig personnellement même si l’on a échangé déjà quelques emails. Il a une vision de l’apprentissage du non-verbal que j’apprécie beaucoup. A la fois qui tente d’être simple et surtout accessible, en fait un peu comme ici 😉

      Romain

      Répondre
  3. Eric Goulard
    Eric Goulard dit :

    Salut Romain
    Belle traduction! Beau travail!

    Cette interview est intéressante. Je l’avais écouté à l’époque en anglais. C’est bien de faire partager cela avec les francophones.

    Il y a tellement d’idées reçues et de préjugés sur la communication non verbale. De plus, beaucoup de personnes pensent pouvoir détecter les mensonges rapidement et facilement, comme s’il suffisait de regarder 3 épisodes de Lie To Me pour avoir tout compris de la nature humaines. Ce n’est vraiment pas aussi simple.
    …si c’était le cas, des millions de personnes seraient capables de détecter les mensonges et les comportements des autres… après les 3 saisons de Lie To Me.
    …la vie serait devenu un enfer si l’on ne pouvait plus mentir.
    Car mentir est confortable à bien des points de vue.
    – Le mensonge est parfois utile et nécessaire : par exemple pour sauver la face ou pour obtenir des choses que l’on ne pourraient pas obtenir autrement.
    – Il peut être amusant et agréable : cela peut être un jeu de défier les autres, par simple plaisir de les tromper

    Il est nécessaire de mentir à nos proches, amis et collègues pour entretenir de bonnes relations.
    En fait, nous mentons tout le temps, à tout le monde, pour de multiples raisons (valables ou non valables).
    Cela nous permet de nous mettre en évidence, de briller en public (lors d’une réunion de famille ou avec des clients ou des partenaires professionnels, etc. )

    Cette science est encore jeune mais le niveau des connaissances scientifiques actuelles permet déjà d’obtenir de très bons résultats.
    Comme le rappelle très justement Paul Ekman, il est impossible d’atteindre 100% de résultats positif lors d’une analyse comportementale, surtout lorsqu’il s’agit d’évaluer si une personne dit la vérité ou nous.
    90% est un score très honorable.

    Personnellement, je n’ai jamais rencontré de « Truth wizard » ou « natural » (terme utilisé dans Lie To Me).
    Par contre, une chose est certaine: tout le monde peut apprendre à mieux communiquer ainsi qu’à reconnaître et identifier les émotions. Il est tout à fait possible d’apprendre à détecter les mensonges. Cela demande du travail et de la persévérance. Ainsi que beaucoup d’humilité!
    Il faut avant tout garder à l’esprit que nous sommes tous humains, et par conséquence aussi fragile.

    Nous ne pouvons pas maîtriser totalement notre comportement tout le temps. Nous subissons les réactions de notre cerveau. Nous agissons par volonté (nous choisissons d’agir en fonction des actions que nous voulons mettre en place, ainsi qu’en fonction des personnes et des situations); nous agissons aussi par réactions et par réflexes. Dans ce dernier cas, nous sommes spontanée et nos réactions peuvent être particulièrement incontrôlées.

    Il est important de rappeler à tes lecteurs que ce n’est pas parce que l’on a appris à identifier des mensonges que l’on est capable de tout décoder. Certaines situations et réactions sont clairement indécodables.
    Nous ne savons jamais vraiment ce que les gens pensent au moment où ils pensent. Une fuite comportementale peut apparaître en relation avec ce qui est dit ou vécu, mais aussi en relation avec une pensée, propre au système interne de la personne (souvenir ou réflexion).

    Je pense qu’il est aussi intéressant de regarder du côté des travaux menés par Aldert Vrij (Psychologie), David B. Givens (anthropologie) et David Matsumoto (psychologie culturelle).
    Les différences culturelles et l’ensemble des réactions humaines sont à prendre en compte dans l’ensemble des relations aux autres.

    Bref, soyez prudent mais surtout restez curieux, car c’est ainsi que l’on apprend! :)

    Eric Goulard

    Répondre
  4. tom
    tom dit :

    Bonjour Romain,

    Bonne initiative, et interview très intéressante. Ce qu’il dit du mensonge est très vrai : parfois c’est limpide (expression, comportement, …), parfois on ne peut simplement pas le détecter, à moins parfois d’avoir du temps et s’assurer que le mensonge représente un enjeu important chez l’interlocuteur (et encore que !!!).

    A+

    Thomas

    Répondre
  5. MC@abdominaux
    [email protected] dit :

    Bonsoir Romain,

    Bravo, c’est un article très intéressant !

    C’est étonnant comment les gestes peuvent traduire nos pensées. Il suffit par exemple qu’on soit stressé pour faire bouger nos articulations.

    Merci d’avoir traduit en français, à la prochaine !

    Répondre

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