Le réflexe d'orientation au niveau de l'épaule

Le réflexe d’orientation de l’épaule

Cet article a été rédigé par Eric Goulard, expert du langage corporel, dans lequel il nous propose de découvrir, preuves scientifiques à l’appui, le réflexe d’orientation, un mouvement au niveau des épaules pouvant indiquer si une personne est en accord ou non avec ce qu’elle dit, ou ce qu’elle a envie de montrer.

En 1872, Charles Darwin publiait le premier livre qui ouvrit la porte à de nombreuses et passionnantes recherches dans le domaine des émotions. Il avait constaté que lorsqu’un homme souhaite montrer qu’il ne peut empêcher quelque chose, ou qu’il est dans l’incapacité de faire lui-même certaines choses, il a tendance à hausser les épaules.

Déjà à l’époque, Darwin avait observé ces mouvements d’épaules chez les aborigènes d’Australie, en Amérique du Nord et en Inde. Cela a ouvert la porte à de très nombreuses études menées par des milliers de scientifiques, de par le monde, depuis plus de 150 ans.

Charles Darwin, le  premier scientifique à s'être réellement intéressé à la communication non-verbale

Charles Darwin, le premier scientifique à s’être réellement intéressé à la communication non-verbale

Un siècle après Darwin, les connaissances sur les mouvements d’épaules s’élargissent.

Les observations des babouins d’Afrique du Sud montrent que ces mouvements apparaissent en réaction à des émotions de peur. Les sciences humaines se sont affinées ces dernières années, notamment grâce à l’apparition de techniques d’imagerie cérébrale de plus en plus précises et fiables. Les récentes découvertes en neurologie ont permis d’apporter des réponses extrêmement utiles qui permettent aujourd’hui de mieux comprendre les comportements des hommes.

Les sciences humaines bénéficient désormais des dernières avancées technologiques. Mais les relations restent tout de même une affaire d’échanges et d’émotions. Les hommes interagissent les uns avec les autres grâce à leur puissant cerveau, fruit d’une longue évolution datant de millions d’années.

La communication entre deux personnes n’est pas toujours sincère. Nous avons appris à nous méfier des autres, notamment lorsque les relations sont tendues.

Reconnaître les émotions

Nous sommes habitués à reconnaître à la volée les expressions qui passent sur le visage de nos interlocuteurs. Surprise, peur, colère, tristesse, dégoût, mépris, les émotions négatives se mélangent et ainsi apparaissent d’autres émotions plus subtiles et plus difficiles à identifier. Le sourire, expression visible de la seule émotion primaire positive, est aussi largement utilisé comme un masque permettant de cacher des émotions souvent négatives.

Notre interlocuteur exprime ses pensées et ses émotions par l’ensemble de son comportement. Ceci inclut les gestes, les variations vocales et verbales. Il illustre volontairement son discours à l’aide d’une large panoplie d’expressions et de gestes en accord avec ses mots, rendant celui-ci encore plus vivant et crédible. Il peut aussi se servir des expressions et des illustrations pour tricher et tromper les autres.

Cependant, il ne peut maîtriser complètement la totalité de son comportement. Il arrive toujours un moment où il perd le contrôle de sa communication. Les fuites comportementales sont alors visibles, ce qui peut alors nous servir à en savoir plus sur ce qu’il a réellement dans la tête.

Notre système nerveux est parfois très nerveux, surtout quand nous ressentons des émotions négatives.

Le cerveau est un merveilleux détecteur de dangers. Il agit comme un super-détecteur de mouvements, couplé à un système de reconnaissance vocale, d’analyse de contenu verbal et muni d’une capacité d’anticipation hors pair !

Chaque seconde, une couche cérébrale très ancienne (en termes d’évolution), traite de nombreuses informations sensorielles envoyées par nos 5 sens. Le cerveau limbique analyse en continu l’environnement et réagit en temps réel. Lorsque ce système de défense perçoit une menace potentielle, il déclenche automatiquement et immédiatement un arrêt. Il est le moteur de nos réactions face aux dangers. Il réagit très vite, en une fraction de seconde, sous la forme de réactions nerveuses observables à divers endroits de notre corps.

Le réflexe d’orientation au niveau des épaules

L’une des réactions les plus intéressantes à observer se passe au niveau des épaules. Quand nous percevons un danger (physique ou sous la forme d’une information verbale), notre système de défense commande au système nerveux de déclencher une réaction de fuite.

Celle-ci est visible par un mouvement unilatéral des épaules : une seule épaule se soulève brièvement et rapidement. Le mouvement nerveux peut aussi être visible au niveau du coude. Cette réaction se nomme « le réflexe d’orientation ». Lorsqu’un danger est perçu, nous pouvons ressentir une envie de le fuir. La réaction primaire est donc de se tourner et de partir en courant. Or, cela n’est pas possible dans notre société. Dans la plupart des situations, nous conservons notre position assise ou debout. Une seule épaule se soulève, se plie ou se déplace vers l’avant. Il est aussi possible que le réflexe d’orientation soit visible au niveau des deux épaules. Ce réflexe apparaît en réaction aux déclarations d’une autre personne, à une question ou une présence physique. Un mot entendu ou un signe non verbal perçut, peut déclencher cette réaction. Il en va de même de nos pensées, sentiments, émotions ou changements soudains d’humeur.

Le réflexe d'orientation au niveau de l'épaule

Le réflexe d’orientation au niveau de l’épaule

Les réactions nerveuses ont largement contribué au développement des espèces en permettant aux très nombreuses générations de réagir face aux dangers de leurs environnements.

Un réseau complexe de fibres nerveuses parcourt notre corps et notre visage. Pour faire simple, son fonctionnement est assuré par notre cerveau, lequel est en relation avec des nerfs rattachés aux muscles de notre squelette et des nerfs en lien avec le système digestif. Ces derniers ayant un rôle dans l’alimentation et la respiration, ils sont aussi reliés aux muscles de la gorge, ainsi qu’à ceux du visage, de la mâchoire, du cou et des épaules. Ils sont impliqués dans les réactions de hochements de tête et des réflexes d’orientation. Ces nerfs, spéciaux par leur activité, sont moins facilement contrôlables par une personne qui voudrait éviter de laisser paraître la réaction nerveuse.

C’est normal de hausser les épaules quand on communique avec quelqu’un. Cela permet d’illustrer nos propos et d’être pleinement avec l’autre dans la relation. Nos illustrations renforcent nos pensées et véhiculent des émotions. Nous les faisons volontairement, consciemment ou inconsciemment au cours de nos échanges.

Le réflexe d’orientation est différent. Il s’agit d’une réaction normale à un stimulus extérieur. Il n’a rien à voir avec les illustrations utilisant les mouvements d’épaules.

Le réflexe d’orientation est un signe d’incertitude, d’inconfort ou de soumission face à une situation. Le signe vient atténuer ou renforcer le verbal, en fonction de ce qui est dit dans la conversation.

Par exemple : « Je suis d’accord avec toi ». Si vous analysez uniquement les mots, vous serez satisfait d’avoir convaincu votre interlocuteur. Si vous avez vu un réflexe d’orientation, vous pouvez émettre un doute quant à sa sincérité. Le pense-t-il vraiment ? Est-il d’accord avec vous, ou dit-il cela pour vous faire plaisir ?

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Dans cette vidéo de Barack Obama, une personne lui lance très clairement « You lie ! » (vous mentez !), à 00:14

Lorsqu’il entend la question, il marque une pause avant de répondre « It’s not true » (ce n’est pas vrai).

Mais avant de répondre verbalement, il marque une courte pause. Cet arrêt instantané, inconscient et involontaire est provoqué par son cerveau limbique. Ensuite, il réagit sous la forme d’un réflexe d’orientation visible au niveau du coude. Les mots viennent après ce réflexe. On peut donc avoir quelques doutes sur la réponse et sur ce qu’il exprimera par la suite avec des mots.

Le réflexe d’orientation fournit des informations non verbales complémentaires pouvant être en décalage avec les déclarations verbales. D’autres informations non verbales peuvent être perceptibles aussi dans les variations vocales. Changement de rythme, de ton, d’intonation, de volume, de vitesse, de hauteur ; la voix est un indicateur intéressant à suivre constamment dans la conversation. Nous ne pouvons pas tout contrôler au cours de nos interactions !

Le décodage du réflexe d’orientation est documenté par des études depuis plus de 40 ans. La science est en marche et les progrès continuent. Aujourd’hui, il existe un système informatique de reconnaissance du réflexe d’orientation en temps réel. Celui-ci a été mis au point par des chercheurs en 2006.

En conclusion

Nous retiendrons que le réflexe d’orientation peut indiquer qu’une personne est en accord ou non avec ce qu’elle dit, ou ce qu’elle a envie de montrer.

Nous sommes guidés par nos émotions et nous ne pouvons pas complètement contrôler notre comportement. Loin des décodages des gestes et des significations que certains auteurs leur ont attribué depuis des années, la science nous amène aujourd’hui des connaissances concrètes pour mieux comprendre les comportements.

Cette fabuleuse machine qu’est le cerveau a pas mal d’imperfections lorsqu’il s’agit de gérer notre vie dans la société actuelle. Les relations aux autres sont parfois tendues, difficiles, complexes, compliquées par leur nature ou par tout un tas d’autres informations venant s’y greffer. La vitesse des informations, et leur quantité de plus en plus importante à gérer, ajoute une nouvelle couche de complexité à notre réalité sociale.

Pensez à observer votre interlocuteur et à mettre les indices relevés en relation avec ce qu’il est en train de vous dire.

Références :
– Darwin, Charles. The Expression Of The Emotions In Man And Animals. 1872. Penguin Classics. Reprint 2009. 400p
– Ekman, Paul. Emotions Revealed. Recognizing Faces And Feelings To Improve Communication And Emotional Life. Times Books. 2003. 288p
– Ekman, Paul. Je Sais Que Vous Mentez ! L’art De Détecter Ceux Qui Vous Trompent. Michel Lafon. 2010. 349p
– Givens, David B. (2014, A Paraître).  “Nonverbal Neurology: How The Brain Encodes And Decodes Wordless Signs, Signals, And Cues.” In Kostic, Aleksandra, And Derek Chadee (Eds.), Social Psychology Of Nonverbal Communication (New York: Palgrave-Macmillan Press).
– Godefoid, Jo. Psychologie Science Humaine Et Science Cognitive. Edition Deboeck. 2011.1160p
– Goulard, Eric. Comment Détecter Les Mensonges. Vos Emotions Vous Trahissent… Leduc.S Editions. 2013-1. 256p
– Goulard, Eric. Ne Vous Trompez Plus Sur Leurs Intentions. Les Sciences Cognitives Au Service De Vos Relations. Createspace. 2013-2. 184p
– Mastumoto, David. Frank, Mark G. Hwang, Hyi Sung. Non Verbal Communication: Science And Application. Sage Publication. 2012. 322p
– Navarro, Joe. Ces Gestes Qui Parlent A Votre Place. Ixelles Ed. 2010. 284p
– Ning, Huazhong, Han, Tony X., Hu, Yuxiao, Zhang, Zhenqiu, Fu, Yun, And Thomas S. Huang (2006).  “A Realtime Shrug Detector.” Cityseerx, 2006
– Nonverbal Dictionary, Limbic; Shoulder-Shrug : Nonverbal-Dictionary.Org

3 réponses
  1. Pierre
    Pierre dit :

    Bonjour Eric & Romain,
    Super comme site !
    J’ai toujours trouvé ça dans les livres mais jamais de vraies références d’études qui montre que le haussement est fait nottament quand quelqu’un n’est pas sur de ce qu’il dit.
    Est-ce que vous avez une référence d’un article universitaire ?
    Merci de votre aide

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  2. Sepal
    Sepal dit :

    Merci pour cet article ! Je suis Eric sur Twitter et c’est un plaisir de le retrouver ici.

    Merci beaucoup pour les références citées ci dessous, cela va me permettre d’enrichir ma collection de bouquins non-verbal !

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