Nicolas Fradet

Interview de Nicolas Fradet, ex-professionnel du poker

J’ai récemment eu la chance d’interviewer Nicolas Fradet, un ex-professionnel du poker et spécialiste québécois de la communication non-verbale. Dans cette interview en français, Nicolas nous livre de nombreux conseils pour gagner au poker, notamment le concept très important qui consiste à établir une base.

Vous pouvez écouter cette interview en live en cliquant sur le bouton Play au-dessus, ou télécharger le MP3 en cliquant sur Télécharger ou en faisant un clic droit ici puis « enregistrer le lien sous…. » ou le récupérer sur iTunes.

NDLR : Nicolas publie en ce moment même une série de vidéo gratuites en anglais sur le langage du corps. La première se nomme « Comment lire votre boss en moins de 3 secondes« . Pour que Nicolas puisse vous envoyer la première vidéo, pensez à lui laisser votre email. 😉

Transcription texte de l’interview :

Romain Collignon : Bonjour et bienvenue dans cette première interview du décodeur du non-verbal. J’ai la chance aujourd’hui d’être en communication Skype avec Nicolas Fradet. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Nicolas est un expert québécois de la communication non-verbale. Il est notamment ex-joueur professionnel de poker et donc spécialiste dans la détection du mensonge et du langage du corps. Bonjour Nicolas,

Nicolas Fradet : Bonjour,

Romain Collignon : Est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ?

Nicolas Fradet : Nicolas Fradet (rire), je suis spécialiste du langage non-verbal. Je suis spécialisé en affaires aujourd’hui, et je donne des conférences sur les ventes, les ressources humaines, et aussi sur comment détecter les mensonges dans la vie corporative.

Romain Collignon : D’accord, tu es donc expert dans la communication non-verbale. Comment as-tu appris tout ça ?

Nicolas Fradet : J’ai un parcours assez unique… J’ai une formation en ingénierie à la base, et j’ai fait ça pendant quelques années après avoir terminé mes études, mais ce n’était pas ma tasse de thé. J’ai commencé durant ces années-là à découvrir le poker, j’ai appris beaucoup sur le sujet, j’ai commandé des livres… C’était avant le gros boom en 2003, j’étais un des pionniers au Québec à jouer professionnellement. J’ai lâché mon job d’ingénieur et je me suis tourné vers le poker. Au fil des années, à force de jouer beaucoup et d’affronter des adversaires qui veulent cacher leurs émotions, qui veulent envoyer des signaux contradictoires par rapport à la force de leur main quand ils bluffent, j’ai développé un intérêt et une certaine habileté à détecter leurs états d’âme, avec leur langage non-verbal. Je me suis de plus en plus intéressé à cette époque au non-verbal spécifiquement, à la façon dont les gens vont se comporter quand ils sont sous stress. C’est un peu ce qui m’a amené à devenir un expert dans ce domaine.

La communication non-verbale et le poker

Romain Collignon :  J’ai vu que tu étais ex-professionnel dans le poker en effet. Je me sers aussi de la communication non-verbale dans les jeux, dans le Trivial Poursuit notamment quand je ne connais pas les réponses et que mes amis les connaissent, j’arrive en tâtonnant à les trouver, en les regardant.

Nicolas Fradet : Oui, j’ai vu ça sur ton blog, ça ne me donnait pas le gout de jouer contre toi (rire).

Romain Collignon :  Comment, concrètement, décryptes-tu tes adversaires durant une partie de poker ? Comment ça se passe sur une table ?

Nicolas Fradet : La première chose qu’il faut faire, comme tout dans le non-verbal, c’est établir une ligne de base. Il faut regarder ses adversaires et observer comment ils jouent avec leurs mains, où ils les placent, est-ce qu’ils prennent leurs jetons, est-ce qu’ils bougent beaucoup dans leurs chaises, comment ils sont assis, comment ils vont mettre des jetons dans le pot, toutes ces petites choses. On remarque toutes ces choses parce qu’on veut les voir d’une façon normale, voir comment ils se comportent quand il n’y a pas un stress plus élevé, quand la main est anodine, quand ils ne sont même pas impliqués dans l’arène. Ensuite, ce qu’on veut faire, c’est comparer cette ligne de base là à un moment dans une main-clef où ils sont très stressés, où il y a un enjeu plus élevé, où ils viennent de mettre une grosse mise ou ce genre de choses. On veut à ce moment voir s’il n’y a pas des geste ou une façon de se comporter qui soit différente de leur ligne de base. Ça peut donner des indices sur la force réelle de leur main.

Romain Collignon : C’est une sorte d’étalonnage, en fait ? Tu vois la personne dans un état normal, et dès qu’il y a un peu de stress, son état change, et c’est ça que tu remarques ?

Nicolas Fradet : Exactement. Je compare ça aux films où on voit souvent des gens qui passent au détecteur de mensonges, et la première chose que fait la personne qui interroge, c’est de demander à la personne son nom, son âge, d’où elle vient, sa profession, des questions où il sait qu’elle va répondre de façon véridique, où il n’y a pas de stress associé. Ensuite il va comparer les résultats des questions suivantes qui vont être plus corsées, où la personne peut mentir, à cette ligne de base préliminaire. Quand la personne dit la vérité, le graphique le dit, et quand il y a une divergence, quelque chose se passe.

Romain Collignon : Effectivement, quand on a une variation sur un étalonnage, une base, on se dit que quelque chose se passe, mais est-ce que tu sais concrètement si cette personne bluffe ou ça peut être autre chose parfois ?

Nicolas Fradet : Il faut toujours faire un tout, le poker n’est pas uniquement le non-verbal, il y aussi la façon dont la personne a misé, le montant, tout ça. On ajoute tout ça ensemble et ça nous donne des indices, c’est sûr ; mais bien souvent dans mon expérience, et à force d’avoir beaucoup joué, d’avoir analysé ça, il y a des moments-clefs, quand les gens mettent beaucoup de jetons en jeu, ils ont un niveau de stress plus élevé, ils émettent des signaux d’inconfort, par exemple en pressant leurs lèvres ensemble, en se massant les mains ou le cou… Ce sont des signes d’inconfort et de stress. La majorité du temps, c’est associé à quelque chose d’inconfortable pour eux, il y a quelque chose de négatif en cours, et là ça voudrait dire qu’ils bluffent.

Les capsules non-verbales de Nicolas Fradet

Romain Collignon : J’ai vu sur ton blog ton article sur les lèvres qui se pressent. Notamment, tu expliques et interprètes dans des capsules non-verbales, c’est à dire de courts passages vidéo, le langage du corps, soit de politiques, soit de joueurs de poker ou autres… Comment tu t’y prends ?

Nicolas Fradet : Je regarde beaucoup la télévision, en partie par intérêt personnel. Beaucoup d’émissions que j’aimais au fil des ans, par exemple de la téléréalité, ont une grande part de non-verbal, parce que les gens qui vivent ces émissions ont une part de stress. Souvent ce sont des concours et ils ne veulent pas se faire éliminer, que ce soit des chansons, un jeu ou autre ; donc, je vois ces images-là et je note de temps en temps un geste ou quelque chose d’intéressant pour mes lecteurs, j’enregistre alors l’émission et je me filme donnant des conseils et analysant la situation. Ce que je trouve intéressant, c’est que procéder comme ça rajoute du visuel, les gens voient ce que je veux dire, et il y a le fait que ce sont des vraies personnes dans une vraie situation. Ce n’est pas de la théorie, c’est vraiment de la pratique, on voit telle personne stressée parce qu’elle ne veut pas se faire éliminer du concours de chansons, et on voit ce qu’elle fait parce qu’elle est stressée. Pour moi, c’est la meilleure façon de montrer les signes non-verbaux que je peux percevoir.

Romain Collignon : En téléréalité, j’imagine que tu peux percevoir aussi les jeux d’acteurs parfois sur les visages des participants, car il y a une grande part de scénario aussi ?

Nicolas Fradet : Oui, absolument, on peut arriver à un point où l’on peut détecter si les émotions, les expressions faciales sont vraies ou si c’est plus un acteur qui est moins expérimenté. Il y a des acteurs  qui sont excellents, qui produisent de vraies expressions faciales, même s’ils jouent, mais pour ce genre d’émissions, évidemment, on ne fait pas appel à de grands acteurs d’Hollywood, gagnants d’Oscars, donc souvent ça peut être évident : on voit des gens qui essaient par exemple d’apparaitre tristes, mais quand on analyse leurs muscles faciaux, on se rend compte que ce ne sont pas les bons qui sont en mouvement, car la personne ne sait pas faire semblant d’être triste.

Coaching en communication non-verbale

Romain Collignon : Tu es donc coach et consultant en communication non-verbale. En quoi cela consiste-t-il exactement ?

Nicolas Fradet : J’ai comme deux valises, je fais du coaching en privé, les gens m’engagent, par exemple des dirigeants d’entreprises, et je donne des conférences. En privé, cela peut toucher tous les aspects du non-verbal. Il y a comme deux volets. D’une part, des gens veulent améliorer leur propre image lorsqu’ils font un speech de vente ou qu’ils parlent en public, je vais alors leur donner des trucs, des gestes à faire et surtout des gestes à éviter, qui nuisent à notre image…

Romain Collignon : Tu aurais quelques exemples à nous donner ?

Nicolas Fradet : En gros, tout ce qui referme le corps. Le meilleur exemple que je puisse donner, c’est le poing fermé. Lorsqu’on ferme notre poing,  c’est un geste agressif, de violence. Ce qu’on veut, c’est éviter ces gestes-là, tout ce qui est croiser les bras, se prendre l’épaule avec la main opposée, rentrer son menton, faire ce que j’appelle la feuille de vigne, qui survient souvent quand certaines personnes se font prendre en photos, où on place ses mains devant ses parties génitales, et qui est un geste de protection. Dans le fond, ce qu’on veut faire, c’est libérer tout le corridor : le cou, le ventre et les parties génitales. On veut libérer ça le plus possible. Lorsqu’on libère ces endroits-là, sans les cacher par un objet ou nos bras, on envoie le signal qu’on est vulnérable à l’autre, qu’on est ouvert et qu’on n’a rien à cacher. Les gens apprécient ça de façon subconsciente, ils voient qu’ils ne risquent pas de se faire avoir, qu’ils n’ont pas besoin de se méfier. C’est vraiment la base pour les gens qui veulent apprendre à mieux parler en public, ou à mieux avoir un langage non-verbal lorsqu’ils font un speech de vente, ou ce genre de choses. C’est un peu ce que je fais. L’inverse, c’est comment analyser le langage corporel de quelqu’un d’autre, c’est-à-dire quelqu’un qui est aussi en vente mais qui veut lire les signaux de son client potentiel, d’un partenaire d’affaires potentiel ou de ses collègues de bureaux, pour pouvoir déceler un stress ou un inconfort, et arranger la situation à son avantage.

Romain Collignon : Effectivement, il y a ces deux volets, le volet personnel, comment dégager une image plus ouverte avec son langage corporel, et le volet de regarder l’autre personne, savoir si elle est stressée ou pas, dans un but d’améliorer la situation dans la communication, c’est ça ?

Nicolas Fradet : Exactement. C’est beaucoup ce que je fais en privé. Puis je fais aussi des conférences, où j’attaque plus le volet de la détection de mensonge. Je fais des conférences en groupe pour les gens qui veulent améliorer leurs techniques de négociation, ou s’ils ont à faire à des partenaires d’affaires ou engagent un candidat dans leur entreprise, voir si ces personnes peuvent être dignes de confiance.

Romain Collignon : Pour éviter qu’elle leur claque sous les doigts au moment d’embaucher par exemple ?

Nicolas Fradet : Exactement, oui. Ou avec un partenaire d’affaires qui ne rend pas la marchandise. En négociation, on veut savoir les bonnes choses, ce sont des principes importants en affaires.

 

Le langage du corps et son rapport à l’autre

Romain Collignon : Justement, sur cette question d’analyser la gestuelle ou le langage du corps des autres personnes, il y a certains de mes lecteurs sur le décodeur du non-verbal qui me posent la question suivante : « si tu arrives à décoder le langage du corps des autres personnes, est-ce que ça ne modifie pas ton rapport à l’autre, est-ce que tu ne passes pas pour quelqu’un de faux ? » ou ce genre de choses. Est-ce que toi, qui utilise la communication non-verbale depuis des années, ça a changé ton rapport à l’autre ? Quel est ton avis sur ça ?

Nicolas Fradet : Je dirai non, pas du tout… Ou alors, oui, c’est-à-dire que il a changé, mais pas dans le sens où la question est posée, plutôt dans le sens où ça a changé la façon dont moi je me comporte par rapport aux autres, parce que je pense être plus attentif, à leurs émotions… Donc je pense que ça fait de moi une meilleure personne dans ce sens-là… Je n’étais pas nécessairement quelqu’un, de par ma nature, de par ma personnalité, qui était très attentif aux autres à la base, j’étais un petit peu renfermé sur moi-même. Ça m’a beaucoup aidé d’être plus réceptif à ce que les autres me communiquent. Il faut dire que je ne vais pas forcément le crier sur tous les toits, « bonjour je me présente, je peux lire vos émotions » (rire), mais quand les gens me connaissent et me voient, je ne pense pas que ça ait un impact. Je sais que certaines personnes m’ont déjà dit que ça les énervait des fois que je puisse faire ça, mais ce que je dis, et c’est vrai, c’est que pour moi il est assez facile de mettre mon interrupteur sur « off » comme on dit chez nous, de passer en mode « j’ai du plaisir avec des amis et des collègues », puis quand je suis en mode « analyse » je suis beaucoup plus cartésien, je me retire un peu de l’équation, et j’essaie vraiment de voir chaque micro-expression. Avec l’expérience, ça vient tout seul bien sûr, je vois des choses quand même, mais je ne suis pas en mode « analyse », ça aide à être plus relax, à être plus vrai dans ces circonstances.

Romain Collignon : C’est exactement ça, il y a deux mondes, le monde où on va vraiment chercher l’analyse, chercher à déceler les gestes, les micro-expressions, et puis il y a quand on est avec des amis, on est alors naturel. Parfois les gens pensent qu’on est en train de les analyser mais c’est faux. Ce que je trouve intéressant, c’est que ça change ton rapport à l’autre dans le sens où tu développes plus d’empathie, où tu vois chez l’autre personne qu’elle a passé une sale journée ou ce genre de choses. Tout le monde le ressent, mais si tu es en mesure de le voir sur son visage, dans son corps et son attitude, tu peux lui poser la question de savoir ce qui s’est passé aujourd’hui, et finalement la personne aime bien discuter de sa journée. En ça, pouvoir décrypter le langage du corps, c’est bénéfique aussi.

Nicolas Fradet : Je suis absolument d’accord avec toi. Pour quelqu’un comme moi, ça a été un gros plus dans ma personnalité et dans mes interactions sociales, parce que je n’étais pas à l’affut de toutes ces choses-là avant de commencer à m’intéresser au non-verbal. Ça a amélioré énormément la qualité de mes relations avec les autres.

 

Les différentes « écoles » pour apprendre à interpréter le langage du corps

Romain Collignon : D’accord, je vois qu’on partage la même vision sur ce point. En France, on a un domaine qui s’appelle la synergologie, qui est aussi l’étude et l’interprétation du langage du corps, mais il existe d’autres approches. J’aurai aimé savoir quelle approche du langage du corps tu as, et quelle différence tu peux faire avec la synergologie ?

Nicolas Fradet : Je ne sais pas exactement comment est la synergologie en France. C’est une discipline inventée par un Français, Philippe Turchet. Au Québec, pour être synergologue il faut suivre sa formation pour s’en donner le titre. J’ai acheté le livre de Philippe Turchet. Il y a certaines approches que je vais comparer. Ici, quand on a mal au dos, on va voir le chiropracticien et le physiothérapeute. Ce sont deux approches, l’une plus médicinale, l’autre plus expérimentale, me semble-t-il, les deux traitent le dos de façon différente. C’est un peu la façon dont je vois mon approche et la synergologie, c’est-à-dire qu’il y a des choses qui se recoupent, vu qu’on n’invente pas le langage non-verbal chacun de notre côté, mais j’ai toujours comme première approche de favoriser ce qui a été établi concrètement par la science, tandis que dans la synergologie on parle parfois de programmation neuro-linguistique et autres, qui n’ont pas été totalement validés par la science. J’essaie de faire la part des choses là-dedans et je me concentre plus sur ce qui a été totalement validé. J’ai une approche beaucoup plus scientifique à la base, si on veut, je me base sur ce que la science a donné, donc j’ai plutôt suivi mes enseignements avec des professeurs émérites, comme David Matsumoto, Paul Ekman, qui sont assez connus dans le milieu et s’occupent des émotions, des expressions faciales, et aussi fait des certificats avec des gens qui ont des années d’expérience pratique. Par exemple, une personne très douée est Joe Navarro, qui est un ex-agent du FBI qui interrogeait des terroristes et des criminels dans son travail, il appliquait le non-verbal à ses entrevues, et maintenant c’est un coach là-dedans. J’essaie de me baser plutôt sur des principes de ce type. Donc, on a la synergologie au Québec, mais je ne suis pas synergologue en ce qui me concerne, je n’ai pas suivi le cours de Philippe Turchet pour toutes ces raisons.

 

La formation vidéo : Stress Ball Formula

Romain Collignon : D’accord. Tu parlais de formation, et tu as aussi une formation en ligne, Nicolas. Est-ce que tu pourrais non en parler ?

Nicolas Fradet : Absolument. Ça s’appelle le Stress Ball Formula, une formule basée sur l’idée de ces balles en mousse qu’on peut malaxer dans sa main quand on est stressé. L’idée est la suivante : si on pouvait prendre une balle de stress comme ça, invisible, et qu’on pouvait la donner à un client ou un partenaire d’affaires, ou s’en garder une pour soi, ça faciliterait beaucoup les échanges qu’on peut avoir avec quelqu’un, car ça mettrait tout le monde à l’aise, il y aurait moins de stress. L’idée de ma formation en ligne, c’est que j’essaie de vous donner des outils pour avoir cette balle de stress invisible que vous donnez à aux gens avec qui vous communiquez : vos clients, vos partenaires d’affaires, votre boss, vos enfants… On essaie de les mettre le plus à l’aise possible. Et forcément quand les gens sont plus à l’aise avec vous, ça ne peut qu’avoir un effet positif sur la qualité de vos relations. Je vous montre dans la formation tous les gestes que les gens peuvent faire lorsqu’ils sont stressés ou mal à l’aise, pour que vous puissiez leur donner cette balle invisible et les mettre à l’aise.  Lorsqu’on a un client potentiel et qu’on détecte un certain inconfort ou un stress par rapport à ce qu’on dit, c’est beaucoup plus intéressant et profitable d’enlever ce stress-là le plus vite possible plutôt que de laisser partir ce client,  aller chez lui ou au bureau, et douter de ce que vous lui avez dit. En désamorçant la situation tout de suite, en donnant plus de détails, en confirmant des choses, on a plus de chances que la relation soit profitable et que la personne revienne nous voir après. C’est un peu ça l’idée de la formation. Lire l’inconfort et le stress chez l’autre, et essayer d’enrailler ces gestes-là chez nous pour avoir une meilleure image, pour pouvoir apparaitre plus crédible, mettre les gens en confiance lorsqu’ils communiquent avec nous.

Romain Collignon : Oui, c’est exactement ce que tu expliquais au début avec les deux volets, le fait d’avoir un langage du corps qui va mettre à l’aise son client, par exemple, ou son partenaire dans le domaine de l’entreprise, et également identifier si son collègue ou ses enfants ne sont pas bien, et finalement changer et faire quelques modifications dans sa façon de communiquer pour qu’il y ait une issue positive à l’entretien, en fait ?

Nicolas Fradet : Oui, la formation fait ça. Avec tout ce qui est donné, c’est environ 10h de formation en vidéo, il y a beaucoup d’exemples audio-visuels, beaucoup de photos et de vidéos décortiquées et analysées, avec des exemples corporels de situations de stress, d’inconfort, etc. Ce qui ressort des commentaires que j’ai eus pour le moment de la part des gens qui ont suivi la formation, c’est que ça va changer la façon dont ils vont faire leur business au bureau. Les gens qui voient les clients remarquent certaines choses, ce qui les aide énormément.

Romain Collignon : C’est vrai, développer une sensibilité aux gestes de ses clients permet de gagner dans la relation, des deux côtés.

Nicolas Fradet : Oui, à chaque fois qu’on peut avoir une meilleure relation avec quelqu’un d’autre, parce qu’on peut avoir un sentiment de confiance, et parce que la personne est plus à l’aise avec nous, ça ne peut qu’avoir un impact positif sur cette relation. Si c’est votre boss, il va vous aimer plus, si c’est un collègue de bureau, il va peut-être plus valoriser votre opinion, si c’est un client, il va peut-être faire affaire avec vous, si ce sont vos enfants, ou des membres de votre famille, ça ne peut qu’être bon.

Romain Collignon : Tu délivres plein de conseils pratiques à mettre en place dans cette formation, donc ?

Nicolas Fradet : Oui exactement, c’est vraiment une approche complète pour mettre les personnes à l’aise, pour bien lire le langage non-verbal. J’inclus aussi une sorte de bonus qui est la formation initiale que j’avais faite, qui est le Body Language Blueprint, c’est-à-dire étape par étape la base du langage non-verbal, la voix, les principes d’espaces (plus on est proche de quelqu’un plus on se sent en confiance avec eux), la posture, la façon dont on s’habille, le maquillage, la couleur des cheveux, toutes ces choses renvoient à certaines choses de notre personnalité, de notre images, des emblèmes sociaux, des expressions faciales… Je touche à tout ça dans mon Body Language Blueprint inclus dans le produit.

Le conseil de Nicolas aux lecteurs

Romain Collignon : Est-ce que tu aurais un conseil à leur donner pour les débutants qui s’intéressent à la communication non-verbale, disons le conseil que tu aurais voulu avoir quand tu as commencé ?

Nicolas Fradet : Le meilleur conseil que je pourrais donner, si on comprend un peu la gestuelle,  c’est ce que j’appelle les trois grands points du non-verbal. Il y a toujours trois principes très importants dont il faut se rappeler lorsqu’on essaie de lire une autre personne, il faut que ça devienne une grappe, un amalgame de gestes. Juste croiser les bras, c’est une chose, mais c’est beaucoup mieux si on est capable d’avoir quelqu’un qui croise les bras, qui baisse sa tête pour mieux cacher son cou, qui se tourne un petit peu, trois gestes qui pointent dans la même direction d’un malaise, de quelque chose qui met la personne mal à l’aise.  C’est la première chose, toujours essayer de voir une grappe de gestes ou expression qui peuvent pointer dans la même direction.

Romain Collignon : Il y a aussi le mot « cluster », la grappe.

Nicolas Fradet : Oui c’est ça en anglais, je ne sais pas si en français vous avez ça. C’est la première chose. La deuxième chose, c’est qu’il faut qu’il y ait une incohérence ou un clivage entre le non-verbal et le verbal. Lorsqu’il y a ce clivage là, par exemple quelqu’un qui dit « ça va très bien », mais il croise les bras, baisse la tête, se tourne un peu, là il y a quelque chose. Il faut qu’il y ait une espèce de différence entre ce qui est dit et ce que le corps dit. Et la dernière chose, c’est pratiquement la plus importante, c’est le contexte, le timing, c’est-à-dire que si je dis à quelqu’un « je n’aime pas du tout ce que vous venez de dire », et puis je fais ces gestes-là, on a un timing parfait, je dis quelque chose qui potentiellement peut mettre la personne sur la défensive et qu’elle fait ces gestes, c’est le but recherché. Si vous êtes en train d’avoir une conversation amicale avec une personne mais qu’elle est en train de parler et croise ses bras, le timing n’est pas forcément bon, il n’y a pas eu un mouvement ou quelque chose de dit pour la mettre mal à l’aise. Ce sont ces trois choses là, vraiment. On recherche plusieurs signes, une incohérence entre le verbal et le non-verbal, et on cherche aussi un timing par rapport à ce qui est arrivé dans la conversation pour justifier ces gestes-là. On a une longueur d’avance sur les autres quand on a compris ça, puisque ce sont ces choses-là qui peuvent nous éviter de faire certaines erreurs, en interprétant mal ce qui a été fait, parce que ce n’est pas toujours associé à ce qu’on vient de dire ou à un malaise par exemple.

Romain Collignon : Quand tu parles du contexte et des bras croisés, justement, quand la personne est en plein hiver à l’extérieur en train d’attendre le bus et qu’elle a les jambes et les bras croisés, ça ne veut pas forcément dire que c’est une personne renfermée sur elle-même mais plutôt qu’elle a froid en fait ?

Nicolas Fradet : Exactement (rire), il faut toujours bien analyser le contexte et le timing pour bien interpréter les gestes des gens.

Romain Collignon : Je te remercie pour ce conseil qui finalement sera trois conseils en même temps (rire). Est-ce que tu aurais des choses à rajouter, vu qu’on arrive à la fin de notre entretien.

Nicolas Fradet : J’invite les gens à venir voir mon produit ; j’ai des vidéos de durées intéressantes qui vont les aider avec des choses plus étoffées sur le non-verbal et qu’ils peuvent regarder pour en apprendre plus sur le sujet. La dernière chose que je pourrais dire, c’est te remercier pour cette opportunité, je suis flatté de ton invitation pour l’entrevue, et comme je te l’ai dit tout à l’heure juste avant l’entrevue je trouve que ton blog est fantastique aussi, alors j’espère que les gens vont continuer à te suivre à travers les péripéties de ton Trivial Poursuit et tous les autres jeux que tu nous donnes.

Romain Collignon : Je te remercie aussi d’avoir bien voulu répondre à mes questions, et d’apporter beaucoup d’informations pertinentes et de nouvelles informations sur le blog, parce que, comme on disait, il y a différentes écoles pour interpréter le langage du corps. Effectivement, il y a la vision que je donne sur le blog, on parlait de la synergologie, on parlait plus de l’approche scientifique, et finalement de l’approche que tu as pu développer à travers le poker et ton expérience, donc c’est toujours bon de pouvoir confronter les différentes approches possibles, et pour ça je te remercie beaucoup.

Nicolas Fradet : Ça m’a fait plaisir.

Romain Collignon : Sur le blog, je mettrai les liens vers ta formation et ton blog. Tu pourras peut-être répondre alors aux questions des lecteurs.

Nicolas Fradet : Avec plaisir.

Romain Collignon : Je te remercie Nicolas, à bientôt !

Nicolas Fradet : Merci, au revoir !

Précision : tous les liens de cet article pointant vers Stress Ball Formula sont des liens affiliés, c’est-à-dire que si à l’avenir vous achetez une formation en suivant ces liens, je toucherai une petite commission qui me permet de continuer à vous proposer du contenu chaque semaine. Merci à vous 😉

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5 réponses
  1. Oeildelynx
    Oeildelynx dit :

    Félicitations pour toutes ces interviews, et même une avec « capsuleur » (rires). Deux points :

    – Certaines personnes m’ont également fait part de leur sentiment d’invasion, voire même carrément de viol de leur intimité en sachant que je pouvais déceler chez eux certaines pensées. D’autres sont plutôt curieux et veulent savoir ce que l’ont peut lire chez eux. Voilà pourquoi il faut savoir observer dans l’ombre et se fondre dans le décor.

    -La grappe, le cluster… Le non-verbal a un côté mathématique : pour avoir le bon résultat, il faut voir toute l’équation et pas seulement une partie, sinon c’est la gamelle assurée.

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  2. valerie tissier
    valerie tissier dit :

    Merci pour cet interview, qui nous rappelle les bases : la baleine, le cluster, le clivage entre le verbal et non verbal, et le contexte , ravie d’avoir écouté et passé ce moment avec toi Romain et Nicolas.

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