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Intelligence sociale : le non verbal peut-il être conçu comme un indicateur ?

Ici Romain, le Décodeur du non-Verbal.

Je laisse aujourd’hui la parole à Jean-Baptiste Marsille co-fondateur de PsychoActus et l’auteur de l’ouvrage « 100 pages pour comprendre la communication non verbale : l’art de communiquer sans dire un mot » (aux éditions Gualino). Blogueur spécialisé dans les relations humaines et la psychologie, Jean-Baptiste se passionne dans le conseil et l’étude des mécanismes sociaux. Enthousiaste, sympathique et disponible, il se fixe comme objectif prioritaire la définition de votre bonheur. Une question subsiste alors : voulez-vous être heureux ?

Dans un contexte où la communication non verbale prend de plus en plus d’importance, il convient de repousser les limites de son analyse. Plus qu’une formulation d’un simple message ou une transcription (souvent inconsciente) de notre état psychologique, le langage corporel traduit aussi des enjeux d’affirmation et de démonstration de nos capacités relationnelles.

Une interaction, quelle qu’en soit la nature, est toujours le support d’une mise en relief de notre intelligence sociale : capacité d’adaptation à notre environnement, compréhension des codes en vigueur, du rôle qui nous est attribué…

La matérialisation de nos mouvements, postures, regards et autres expressions faciales, découle donc de notre aptitude à intérioriser les attentes de notre milieu selon les situations auxquelles nous faisons face.

Objectivement, notre langage non verbal évolue, diffère, selon les individus et les endroits fréquentés. Impossible d’imaginer adopter les mêmes codes sur notre lieu de travail, qu’à une soirée entre amis ou à un repas de famille.

C’est cette observation, entre autres, qui permet d’ériger la communication non verbale comme indicateur de notre intelligence sociale, de notre capacité à respecter les règles informelles d’un milieu défini.

1. Non verbal et construction d’un positionnement social

Les attentes sociétales en termes de non verbal sont formulées, admises par consensus, en fonction des rôles de chacun des membres de ladite société. Ce « rôle » étant ici entendu comme découlant d’une position sociale et/ou professionnelle. Chaque groupe, possédant alors ses codes et ses habitudes communicationnelles.

Impossible donc d’imaginer un banquier ou un politicien timide, dont la voix serait chevrotante, la posture hésitante et le regard fuyant. Pourtant, fondamentalement, un tel choix de carrière n’est pas « réservé » aux personnes capables de faire la démonstration d’une certaine confiance en soi.

Dans la même veine, et pour prendre un exemple encore plus parlant, on ne peut concevoir qu’un professeur d’université adopte le langage corporel d’un agent de la circulation ou qu’une figure publique aux revenus substantiels se mette à utiliser la gestuelle d’un gang reconnu comme dangereux.

La conclusion découlant de ces observations, c’est bien évidemment que notre perception de notre environnement et d’un langage non verbal adapté, est largement influencée par la nature des rapports sociaux s’y déroulant.

Il n’existerait donc pas UNE communication non verbale optimale, parfaite, mais bien un ensemble de « signes et conventions » à intérioriser et à répéter afin de répondre aux attentes de notre milieu sans remettre notre intelligence sociale en question.

2. Communication non verbale et acceptation de l’interaction

Le non verbal est par définition soumis aux jugements et regards d’autrui. C’est un moyen d’évaluation d’une certaine compatibilité et par là même, d’une aptitude à rester cohérents dans notre communication.

Or, qui dit échange social, dit toujours enjeux de domination, d’affirmation de soi et de capacité à s’ériger en tant qu’interlocuteurs crédibles, sensés, pertinents.

C’est d’ailleurs de là que découle la définition intrinsèque de l’intelligence sociale : une aptitude à identifier les échanges, dans leur dimension la plus entière (rapports de force, symbolique, nature du discours) afin d’y répondre le plus naturellement possible, sans sortir « des rails » des attentes pesant sur nos épaules.

Crédibilité et légitimité sont les deux « mamelles » de la communication non verbale. C’est pour renforcer ces deux valeurs que nous nous efforçons d’adapter notre réponse corporelle à un message donné.

Prenez l’exemple de l’entretien d’embauche, l’un des terrains privilégiés de l’étude du non verbal. Tout le monde essaye lors de ce dernier de se tenir droit, de sourire sans trop en faire, d’avoir l’air détendu, d’occuper l’espace disponible de manière naturelle, de s’approcher d’un interlocuteur lors d’une prise de parole, de le regarder droit dans les yeux, d’éviter les gestes « parasites » (démontrant l’état de stress, comme le fait de jouer avec un stylo ou une mèche de cheveux)… Justement dans l’optique de satisfaire à ces deux valeurs.

Qui accorderait du crédit à un homme tremblant, prostré, au regard apeuré, qui adopterait un langage agressif, reniant la peur et incitant à la confrontation physique ? Personne… et cet exemple, comme le précédent, renforce l’idée que la communication non verbale sert aussi de preuve matérielle à notre compréhension du fonctionnement de l’interaction sociale.

3. Comment renforcer l’image d’une personne douée d’intelligence sociale ?

Le premier point est aussi évident que difficile à adopter. Il s’agit bien évidemment d’une propension à gommer les marques de stress, à démontrer, à travers notre communication non verbale, notre confiance en nous, notre acceptation d’un certain positionnement social, et la revendication de notre statut d’interlocuteurs sérieux.

En outre, il nous faudra aussi être capables de matériellement « catégoriser » notre langage verbal. Ce phénomène repose sur une adaptation de notre gestuelle et de nos réflexes corporels, en fonction du milieu dans lequel nous évoluons. La droiture du contrôleur fiscal pouvant être laissée au vestiaire quand il ira boire un verre avec ses amis.

L’outil adéquat pour faire preuve d’intelligence sociale est alors reconnu comme étant le recours à une posture « ouverte ». Cette dernière est une mise en relief concrète du respect accordé à nos interlocuteurs et de notre propension à les inviter à s’exprimer, créant une atmosphère détendue (une acceptation de l’interaction, en somme).

La position d’ouverture et ses implications :

L’ouverture repose sur une tendance à diminuer la distance avec un interlocuteur lors de prises de parole et à éviter les réflexes parasites. La gestuelle sera lente et fluide. La droiture sera présente, mais pas excessive.

L’ouverture, c’est en réalité une « invitation à entrer dans l’intimité de nos propos ». Ainsi, il nous faudra éviter tous les mouvements perçus comme « défensifs » (croiser les bras, les jambes, agripper un document…).

Joindre le geste à la parole (à l’italienne si vous voulez) est aussi un très bon moyen de dédramatiser les enjeux d’un échange social et d’en relativiser toute pression, sans remettre en cause notre affirmation personnelle.

L’ouverture se projette aussi à travers l’empathie. Cette dernière se manifeste alors très simplement, en acquiesçant ou en penchant légèrement la tête sur le côté comme pour marquer une approbation, un rapprochement intellectuel.

L’expression de nos regards évoluera avec le dialogue, marquant surprise, admiration, appréciation… et par là même respect et implication dans l’échange en cours.

Il y a en réalité énormément à dire sur l’interaction et la manifestation de l’intelligence sociale à travers le langage corporel. Je lui consacre d’ailleurs tout un chapitre dans mon ouvrage « 100 pages pour comprendre la communication non verbale : l’art de communiquer sans dire un mot » (paru aux éditions Gualino)… Mais je me devais de faire court ».

Quoi qu’il en soit, il est intéressant, dans un climat où le non verbal se développe, et notamment à travers l’actualité, de remettre ce dernier en perspective, en n’oubliant pas que nos analyses découlent aussi des valeurs que nous intériorisons et des rôles prédéfinis des acteurs de notre environnement… 

2 réponses
  1. Pascal
    Pascal dit :

    Il faudrait déja définir qu’est ce qu’on entend par intelligence sociale. Pour moi, c’est avant tout la capacité de s’adapter à n’importe quel individu dans n’importe quel environnement et être à l’aise dans sa communication.

    Là après, on peut dire que la communication non verbale est un indicateur de l’intelligence sociale. Mais ça fait pas tout, il existe d’autres critères pour l’intelligence sociale qui me paraissant tout aussi (si ce n’est plus) importants :
    – Le style vestimentaire : venir en costume cravate dans une soirée hawaienne, c’est pas l’idéal
    – les sujets de conversations : parler économie avec des banquiers ok, mais avec des étudiants en soirée, je suis moins sur.

    Et de ce point de vue, il est plus intéressant de se tourner vers la sociologie qui explique beaucoup plus de phénomènes psycho-sociaux que la psychologie. La psychologie étudie l’individu, la sociologie un groupe.

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