Le regard Fuyant

Pourquoi a-t-on parfois l’impression de ne pas être écouté ?

Samedi dernier j’ai eu l’occasion d’initier pas mal de nouvelles rencontres à l’occasion d’un évènement de mode masculine. L’une d’entre elles m’a particulièrement marquée puisque malgré l’attitude très sociable et avenante de mon interlocuteur, je ne pouvais m’empêcher de penser : « J’ai juste l’impression qu’il ne m’écoute pas ».

Le soir même, je narrais cette histoire à un ami qui, dans son environnement professionnel, partageait le même sentiment vis-à-vis de l’un de ses collègues. Au travers de ces deux expériences croisées ressortait un point commun : notre interlocuteur ne nous regardait pas dans les yeux.

Je profite donc de ce constat pour vous écrire un article complet sur ce que l’on appelle les comportements de rupture (1ère partie de l’article) et attacherait une attention toute particulière sur sa manifestation au niveau du regard (2nde partie).

Cet article vous permettra de comprendre pourquoi vous avez parfois le sentiment que l’on ne vous écoute pas. 😉

Vous êtes prêt ? C’est parti !

1) L’origine des comportements de rupture

Notre comportement social n’est qu’une question d’échanges où, d’une part, nous envoyons nos signaux (verbaux, non-verbaux) afin qu’ils soient interprétés par nos interlocuteurs et, d’autre part, nous recevons les leurs en retour dans un processus de communication. Cet échange est la base de la communication et dans une vie équilibrée, il existe une certaine harmonie entre ces deux états. C’est à dire que l’on envoie autant de signaux que l’on en reçoit.

En manque de contact social (i.e. si l’on se sent seul), on va avoir tendance à modifier cet équilibre et à augmenter nos signaux de sortie. Si de l’autre côté, on reçoit trop de sollicitions de la part du monde extérieur, engendrant du stress, on « freine » la machine sociale avec ce que l’on appelle des comportements de rupture.

Ces derniers peuvent être très radicaux comme on va le voir juste après ou simplement beaucoup plus légers comme par exemple dans le cas du regard.

2) Comportements radicaux de rupture

La solution la plus primitive face à un excès de stress venant du monde extérieur, consiste à « se cacher » (réaction du système limbique) jusqu’au moment où l’on retrouve un équilibre acceptable par rapport à l’excès de stimulation extérieure.

Une personne stressée par son travail par exemple, pourra se cacher de cet environnement et du contact humain en tombant malade. Les arrêts maladies répétés au sein de structures sont à ce titre un signe avant-coureur du mal-être de ses employés qui préféreront le confort de leur lit au stress de leur job.

Dans un excès de stress, certains pourront faire ce que l’on appelle un burn-out pour emprunter le terme à nos confrères d’outre-manche. D’autres pourront prendre des sédatifs pour apaiser et fuir leur stress. Je ne parle même pas de l’utilisation de l’alcool ou d’autres formes de drogues visant à casser cette réalité stressante. D’autres finalement pourront se laisser tenter par la méditation afin de disparaître dans leurs propres pensées et laisser le monde extérieur s’occuper de lui-même pendant quelques temps.

Toutes ces formes sont des formes extrêmes de comportements de rupture vis-à-vis d’une réalité et de contacts sociaux prodigieusement stressants. Il est important de noter que ces formes que je viens de décrire s’expriment bien au-delà de notre gestuelle « classique » de rupture, de celle que l’on peut retrouver au quotidien et que j’appelle les comportements mineurs de rupture.

3) Comportements mineurs de rupture

On gère les moments de stress léger par des actions brèves d’un aspect beaucoup moins dramatique. La gestuelle la plus connu à ce titre se situe au niveau des yeux, au niveau du regard. Plus particulièrement, il est possible d’observer 3 actions inconscientes de rupture au niveau du regard. Ce sont des mouvements de rupture dont votre interlocuteur n’est même pas conscient. Et ce sont ces gestes précis au niveau des yeux qui donnent l’impression de ne pas être écouté.

  • L’œil évasif

Le premier geste est l’œil évasif : la personne regarde au loin (loin de vous et de votre regard) pour une très longue période alors qu’elle discute avec vous. C’est ce regard que j’ai pu expérimenter le week-end dernier. La personne en face de vous a des difficultés à rencontrer vos yeux et passent du temps à fixer un point imaginaire. Pensez à l’enfant qui se fait gronder et qui ne regarde pas l’adulte en face de lui qui le réprimande. Il a l’oeil évasif.

  • Le regard fuyant

Le deuxième est le regard fuyant. C’est une variante un peu plus discrète que celle de l’œil évasif. La personne regarde ailleurs puis revient rapidement vers vous pour fuir de nouveau. Ce processus se répète maintes et maintes fois tel un ballet oculaire tout en continuant la conversation.

  • L’œil bloquant

Le 3ème est l’œil bloquant. Bien que vous faisant face et vous regardant, votre interlocuteur a les paupières qui ont des « spasmes ». Il cligne des yeux. En effet, une personne stressée aura la fâcheuse tendance à cligner des yeux plus qu’à l’habitude. La fréquence joue également un rôle, plus une personne est stressée, plus elle va cligner des yeux rapidement. Le comportement de rupture est tout simplement de se fermer au message visuel qui arrive.

Pour terminer

Toutes ces réactions peuvent être classées comme une réaction de fuite du système limbique. Et je dois vous accorder que ces 3 formes de comportements de rupture au niveau des yeux sont plutôt déconcertantes car l’on se retrouve, en les observant inconsciemment, avec une impression négative, sans réellement savoir pourquoi.

L’explication de ce sentiment est, qu’intuitivement, on sait que la personne avec nous a envie de se retirer de la conversation, quitter notre compagnie. Soit elle nous craint, ne nous apprécie pas, s’ennuie ou tout simplement aimerait être ailleurs. Il y a pas mal de raisons qui peuvent la stresser et l’amener à ce comportement de rupture.

Je crois que c’est la contradiction dans ce genre de cas qui nous embête le plus.

Si notre interlocuteur admettait honnêtement être dans le besoin d’un peu de paix et de calme, on ne lui en voudrait pas. Bien au contraire. Si, de façon alternative, il arrivait à diminuer son stress pour se plonger complètement dans la conversation avec nous, on serait également content.

Mais quand une personne prétend nous donner toute son intention mais envoie des messages contradictoires avec ces gestes de rupture, on ne peut s’empêcher de ressentir un agacement.

Vous avez la parole

Vous avez certainement déjà du ressentir ce genre d’agacement. Celui d’avoir l’impression de ne pas être écouté. Comment réagissez-vous face à ce genre de gestes de rupture ? Laissez-moi un commentaire pour me le dire. 😉

24 réponses
  1. Pauline
    Pauline dit :

    Bonjour,
    le regard est selon moi essentiel pour une bonne communication. Pour l’anecdote, j’avais un prof au collège qui avait un oeil de verre. Il avait fait la remarque à mes parents que j’étais la seule de ses élèves à le regarder dans les yeux. Pourquoi? sans doute une question d’éducation ou même d’une habitude que j’ai prise toute petite en Afrique, là bas les handicapés et les malades ne se cachaient pas ni la misère. En France, souvent on dit à ses enfants qui regardent fixement un handicapé: « ne le regarde pas comme ça! »
    Je me suis souvent demandé pourquoi on devait baisser les yeux face à un handicapé ou à un SDF, par gêne? par respect? ou pour l’oublier? Je pense que la reconnaissance passe par le regard: « tu me vois, j’existe ». Qu’en pensez-vous?

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    • Romain
      Romain dit :

      Bonjour Pauline,

      Il est vrai que certaines personnes peuvent se sentir mal à l’aise face à des personnes atteintes d’un handicap, ou avec une situation sociale dramatique. Ce n’est heureusement pas le cas pour tout le monde mais cette tendance est je pense surtout lié aux moeurs de la société dans laquelle on évolue. Et ne pas connaître les codes à adopter (si peu en existe-t-il) créée ce climat d’incertitude que l’on préfère fuir. Clairement, le fait de baisser les yeux est un comportement de fuite. J’ai vécu 3 années en Allemagne et cette différence de l’accueil des personnes handicapées (moteurs) avec la France est flagrante. Ceci est aussi du au facteur d’après guerre ou chaque famille pouvait connaitre un mutilé dans ses rangs et était familière avec le handicap. Les infrastructures pour accueillir les personnes handicapées étaient aussi repensées pour une meilleure intégration des personnes handicapées à la société.

      Un regard (et bien sûr un sourire) est essentiel dans ce contexte.

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  2. Binh
    Binh dit :

    Est-ce que tu as essayé la communication non-violente pour en savoir plus sur son comportement ? C’est ce qui m’avait marqué dans la vidéo de lancement de ta formation. Dans l’interview de mister FBI, il disait qu’on pouvait valider ses observations en posant une question.
    Je me rends facilement compte quand quelqu’un a des comportements de rupture, mais je n’ai pas encore le réflexe de demander si quelque chose le gène.

    Par contre, mettre la méditation dans le même panier que les drogues, l’alcool, les sédatifs et le burn-out…. Tu dois pas être très bien renseigné sur la méditation.

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    • Romain
      Romain dit :

      Bonjour Binh,

      La communication non violente est une approche que je n’ai à l’heure actuelle seulement qu’effleurée dans les principes. Je ne garde généralement en tête que l’écoute bienveillante qui favorise l’engagement de mon interlocuteur mais travaille finalement peu sur mes propres pensées.

      Romain

      PS : je reconnais que pour la méditation, j’y ai été un peu fort 😉 Ceci dit et dis moi si je me trompe, le processus en lui-même de méditation vise à couper toute influence extérieure, non ?

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      • Binh
        Binh dit :

        Hello Romain,

        Il y a plusieurs formes de méditations. Certaines visent au contraire à se relier au monde extérieur, comme la méditation de la pleine conscience par exemple. D’autres demandent de s’isoler pendant un temps du monde extérieur afin de prendre soin de nous et de revenir au monde avec au contraire plus de présence.
        Globalement, contrairement à la drogue et aux médicaments, la méditation vise à nous reconnecter au monde qui nous entoure, à être plus présent et plus attentif aux autres… C’est plutôt une pratique d’hygiène et de santé mentale, j’étais très étonné que tu mettes ça avec les drogues !

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  3. Rack
    Rack dit :

    Bonjour,
    je me posais une question, c’était pour savoir quand on discute avec une personne doit on la regarder droit dans les yeux ? ou un temps dans les yeux ensuite a gauche, a droite, en haut et en bas ? quand quelqu’un me regarde fixement durant une conversation je trouve que sont regard et lourd a un moment et c’est pourquoi je me posais la question.

    Merci de votre réponse.

    Répondre
    • Romain
      Romain dit :

      Bonjour Rack,

      Je te conseille de privilégier le contact visuel oui, mais tout en gardant de l’authenticité. C’est surtout cela qui prime, être authentique (le regard de merlan frit, bof ;)). Regarder dans les yeux est essentiel tout en sachant que le regard persistant « inquisiteur » n’est pas la meilleure approche !

      Romain

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  4. micky
    micky dit :

    Bonjour
    Excusez moi je suis nouveau^^
    Il faut peut etre aussi mettre qu’il y’a aussi des personnes timides qui n’osent pas regarder son interlocuteur dans les yeux.
    Moi , etant un vrai timide, j’ai du mal a regarder ,la personne en face de moi ,dans les yeux meme en forcant,alors que j’ai toute son attention….

    Répondre
      • micky
        micky dit :

        Effectivement, mais pour ma part , lorsque j’essaye de regarder dans les yeux je perds toute mon attention que j’avais et je perds la conversation
        En fait , c’est completement l’inverse du « comportement de rupture »
        Tous ça pour dire de differencier, et çe n’est pas facile ^^

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        • chris | bodyneverlies.net
          chris | bodyneverlies.net dit :

          Si je peux me permettre, essaye d’être toi même, et petit à petit passer le cap.
          Exemple: 15 minutes par jour, tu vas dans la rue, et tu demandes quelque chose. Le chemin, l’heure, n’importe quoi…
          C’est en faisant des petits efforts que tu apprendras à gérer ça^^

          Amicalement
          Chris

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  5. Sophie
    Sophie dit :

    Bonjour Romain,
    Je viens de découvrir votre site qui semble intéressant.
    Pour en revenir à cette rencontre que vous avez faite, le fait de ne pas s’être senti écouté, c’est peut-être parce que vous n’étiez pas tous les 2 sur le même plan de communication, d’impression et de ressenti.
    Pour ma part, quand je rencontre une nouvelle personne, je fais confiance à mes impressions.
    Le regard, c’est important quoi qu’il arrive car il est l’expression de soi, de ses émotions et de ses sentiments.
    Y’a pas forcément besoin de beaucoup parler mais d’avoir une qualité d’échange au sens large.

    Répondre
  6. Sophie
    Sophie dit :

    « Le sage écoute tout, s’explique en peu de mots. » (Urbain Chevreau)
    Cela ne fait que confirmer mon point de vue d’hier:
    pas besoin de beaucoup parler pour être compris et comprendre autrui.

    Répondre
  7. Gwenaele
    Gwenaele dit :

    Bonjour,

    J’ai peur que mon propos te déplaise mais je peut être souvent à la place de celle qui a des comportements de rupture. Plus jeune, j’aimais rompre le contact brutalement mais les gens de ma famille m’ont dit que cela ne se faisait pas. Parfois, je n’ai pas envie de parler à certaines personnes mais je n’arrive pas à leur faire comprendre mon besoin de calme et de solitude. Trop d’agitation me fatigue et les autres me semblent souvent envahissants. Les dynamiques de groupe ne m’intéressent pas. Mais visiblement peu de gens sont comme moi, alors j’ai l’impression que les autres ne me comprennent pas. C’est difficile de dire à quelqu’un: -« F***s-moi la paix ! » sans entrer en conflit.

    Répondre
  8. Beatrice
    Beatrice dit :

    L’autre jour j’ai fais un malaise grave qui m’a conduite à
    l’hôpital. Et là, il y avait un médecin ( étranger, d’ailleurs), qui m’a interrogée sur mes symptômes en me regardant ds les yeux avec une telle ardeur , un intérêt tellement profond que j ‘en ai été bouleversée , cet intérêt c’était comme de l’amour, amour de son prochain j’entends –
    Bref, l’inverse du comportement décrit ds l’article.
    ( Si cela peut apporter quelque chose à la compréhension du regard, ce serait bien.)
    Béatrice

    Béatrice

    Répondre
  9. Thomas Béguin
    Thomas Béguin dit :

    Excellent article, passionnant, j’adore d’autant que ça peut vraiment aider de comprendre ces choses là pour améliorer sa vie de tous les jours, au boulot et tout et tout.

    J’en profite que j’ai fais un lien vers ton blog depuis la sidebar du miens (qui débute). Peut être un jour aurons-nous une collaboration. J’en serais très heureux.

    Longue vie à ton excellent blog en tout cas !

    Répondre
  10. monique
    monique dit :

    Bonjour, le regard est un contact. On dit bien contact visuel. Il peut être mal ressenti surtout pour une femme qui parle à un homme. Lorsqu’elle parle à une amie, elle ne ressent pas cette gêne.

    Répondre
  11. monique
    monique dit :

    La question peut aussi s’inverser. Pourquoi le thérapeute est mal à l’aise si on regarde fixement ses yeux. (je dis ça pour le précédent et non pour l’actuel)

    Répondre
  12. Hanquez
    Hanquez dit :

    Comme quoi, une position et des gestes, influencent fortement nos conversations !
    Je ne sais pas, si cela à déjà été abordé sur le site, mais au niveau non – verbal, il existe aussi la synchronisation miroir ( ) venu de la PNL, qui est aussi un bon moyen de communiquer.

    En tout cas, très bon article !
    Bonne Continuation Romain :)

    Répondre
  13. xavier
    xavier dit :

    Bonjour Romain!
    . L’importance du regard. C’est une expérience intense que j’ai vécu grâce aux observations que tu décris dans ton blog.. Le focus, la concentration sur l’autre qu’engendre le regard…..

    Sans le regard c’est comme si on jouait une partition tout seul. Un cacophonique s’installe dans la conversation et détruit l’harmonie qui aurait permis d’y prendre plaisir.Au lieu d’un échange agréable et mobilisateur, on ressent une gène due à toutes ces fausses notes.

    Et pourtant il y a une astuce toute simple que je pratique tous les jours.
    Simplement en début de conversation chercher à déterminer et décrire mentalement ….la couleur des yeux de votre interlocuteur. D’abord c’est un moment agréable.

    Pourquoi? Parce que les yeux tous les yeux ont des particularité esthétiques et il suffit de quelques secondes pour la repérer cette particularité.

    Ensuite parce que cette attention à l’autre permet de créer un contact privilégié avec l’autre, , Même si aucun mot n’est échangé. Et si une conversation s’engage elle se fait dans une attitude de confiance et de bienveillance réciproque. .La personne sent elle que l’on admire sincèrement quelque chose de précieux chez elle?( La prunelle de ses yeux , quoi de plus précieux?)

    Toujours est il que cela me permet un abord agréable et j’ai le sentiment que cette simple habitude, si facile à acquérir me permet instantanément d’établir de vrais contact une vraie harmonie dans l’échange de signaux qui s’en suit ..Un peu comme si je donnais le là avec un diapason .

    Merci Romain pour cet article que je me suis empressé de mettre de coté pour le partager.
    Cette notion de rupture est vraiment bien décrite.

    Je te souhaite de plus en plus de rencontres, de ces rencontres
    ou le regard t’inspire irrésistiblement
    le sentiment qu’une écoute sincère et harmonieuse s’est établie.
    Xavier

    PS Pauline je te rejoint tout à fait : « la reconnaissance passe par le regard. »

    Répondre
  14. Atlan
    Atlan dit :

    Est-il possible d’avoir dans la plupart des dialogues avec les autres personnes soit l’oeil fuyant ou l’oeil bloquant, j’ai l’impression que c’est toujours mon cas. Je suis mal a l’aise lorsque je discute avec les gens quel qu’ils soient et sur n’importe quel sujet.

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