Baskets

Pourquoi les gestes d’intention de mouvement sont-ils importants ?

« Lâche-moi les baskets ! » (stp…)

Voici une expression qui m’a toujours fait sourire. 😉 Lâcher les baskets de quelqu’un. Qui s’amuse réellement à garder entre ses doigts les chaussures d’autrui ? Personne. Pourtant, cette expression existe et se révèle très parlante d’un point de vue non-verbal.

En effet, lorsqu’une personne vous tient les baskets, cela signifie qu’elle vous empêche de partir. Alors d’une part, c’est mal poli de retarder les gens et d’autre part, il est toujours frustrant de devoir rester planter là à écouter quelqu’un alors que la seule chose que l’on souhaite sur le moment, c’est d’être ailleurs. (eh oui, même les progrès du petit Thibault au violoncelle ne sont pas forcément l’intérêt du moment). 😉

Parfois,  il arrive de tenir les baskets de quelqu’un même sans s’en rendre compte car les motifs pour vouloir quitter une conversation peuvent être tout à fait anodins : il peut s’agir d’un train à prendre, des enfants qui attendent à l’école ou bien d’un coup de fil urgent à passer.

Pour ne pas que votre interlocuteur vous en veuille de lui « tenir les baskets », il est important de savoir identifier les intentions de mouvement et magie du langage du corps, il y a des gestes qui les montrent. Car si les gens n’osent dire qu’ils veulent partir, leur corps, lui, le montre bien. En identifiant les gestes d’intention de mouvements et en laissant partir votre interlocuteur lorsqu’il a de l’huile sur le feu, vous faites preuve d’une grande intelligence sociale.

Aujourd’hui je vais donc vous apprendre à identifier les gestes d’intention de mouvements, ces gestes qui montrent que votre interlocuteur est sur le départ. Ces derniers sont très importants à reconnaître car comme je vous le rappelle, il n’y a rien de plus frustrant que d’être retenu dans une conversation que l’on souhaite terminer au plus vite.

Le corps va là où l’esprit souhaite aller

Si quelqu’un souhaite prendre congé de vous, il y a peu de chance pour que son corps soit tourné et bien… vers vous. Au contraire, son corps sera orienté vers son prochain centre d’intérêt. Les motifs comme je le disais peuvent être anodins. Cette personne pourra par exemple se tourner vers son ordinateur si elle souhaite reprendre son travail ; vers la porte de sortie si elle souhaite quitter la pièce ; vers le réfrigérateur si elle souhaite prendre un encas avant de reprendre la conversation.

J’aborde souvent cette notion du corps qui va là où l’esprit souhaite aller car elle fait partie selon moi du 20/80 (loi de Pareto) du langage du corps. Plus particulièrement dans le cas des gestes d’intention de mouvement, cette notion en est la pièce centrale.

Pour l’exercice, amusez-vous à observer le changement d’orientation du corps dans une conversation où l’un des interlocuteurs souhaite s’absenter :

  • Stade 1 : les deux personnes sont en face à face, tout se passe bien.
  • Stade 2 (rien à voir avec l’émission) : l’une des personnes regarde sa montre, commence à tourner les pieds dans une autre direction (c’est le début de la fin).
  • Stade 3 : tout son corps est dirigé vers la porte de sortie. La personne d’en face aurait tout intérêt à la laisser partir ou du moins à conclure rapidement la conversation.

Pour la petite histoire, je discutais récemment avec une collègue tout en sachant que j’avais un coup de fil urgent à passer. Je me suis observé être dans cette position où mon corps cherchait à atteindre la porte de sortie. Une minute plus tard, je me suis excusé pour prendre congé afin de passer mon coup de fil mais qu’est-ce que la minute qui s’est écoulée était longuuuuue. Pourtant mon corps disait : « Romain a envie de terminer cette conversation au plus vite. »

Se trouver dans les starting blocks

Les autres gestes d’intention de mouvement sont ceux que j’appelle les gestes de starting block. Vous voyez à quoi ressemble la position des athlètes qui sont prêts à s’élancer sur les pistes ? Et bien, même si on ne se met pas tout à fait à quatre pattes pour montrer que l’on souhaite partir (quoi que, ça serait marrant), on a tendance à adopter une attitude similaire. Cette attitude est certes plus subtile, mais bien présente.

Tout d’abord on va chercher à prendre appui sur n’importe quel support comme pour se donner une impulsion. Ceci est encore plus visible si la personne est assise. Elle prendra appui soit sur ses genoux, soit sur la table située devant elle ou bien encore sur les accoudoirs de sa chaise. Avec ce geste, on peut sentir qu’une impulsion va être donnée. Prêtez donc bien attention aux personnes qui prennent appuis dans une conversation. Si le corps a tendance à aller de l’avant (comme dans les starting-blocks), le départ est vraiment imminent.

Et maintenant

Si vous avez deux choses à retenir de cet article, c’est 1) qu’il est important de savoir laisser partir votre interlocuteur tant qu’il est encore temps. Et 2) pour ça, il suffit d’être conscient des gestes d’intention de mouvement. Une fois que vous les avez repérés, il vous suffit de dire quelque chose de la sorte : « Je vois que tu es pressé, soit attentif à ce que je souhaite te dire, ça prendra 30 secondes » (et n’en faites pas une tartine) ou « Je vois que tu es attendu, remettons cette conversation demain à la première heure ». La personne pressée vous remerciera de la laisser partir (et ça c’est bien) 😉

Avez-vous déjà eu envie de quitter une conversation sans le pouvoir ? Laissez-moi un commentaire pour raconter votre histoire

Crédits Photo 1: jimj0will
Crédits Photo 2 : DaveWeav

10 réponses
  1. bluerhap
    bluerhap dit :

    Je suis médecin généraliste, et avec plusieurs collègues nous enseignons depuis plusieurs années la communication – en particulier non verbale – à nos confrères aussi bien étudiants que déjà installés*. C’est très intéressant d’observer la perméabilité plus ou moins prononcée de chacun à cette idée – intellectuellement en désaccord avec notre culture – que les mots ne représentent qu’une portion faible de nos échanges.
    Mais ce que je voudrais dire aujourd’hui, c’est qu’il faudrait également former les patients des médecins à la CNV 😉 ! Lors de groupes d’audits de pratique, nous avons réalisé que nous avons tous des patients qui soit méconnaissent soit ignorent délibérément ces gestes d’intention dont vous parlez ici. Ce qui cause chez nous, ainsi que vous le décrivez, une frustration assez aiguë – d’autant que souvent, le motif qui motive ce désir de mettre fin à la consultation n’est pas futile, mais constitué par la salle d’attente qui se remplit** !
    Que nous le fassions instinctivement ou bien de façon calculée, nous forçons progressivement le trait pour tenter d’aider la personne en face de nous à recevoir le message, au point qu’il nous arrive parfois de terminer debout devant la porte, avec la main sur la poignée, tandis que le patient est encore assis et ne souhaite manifestement pas se lever.
    Il me semble me souvenir qu’il y a une scène hilarante sur ce sujet dans le « Père Noël est une ordure », dans laquelle M.Presgovik s’efforce de ne pas recevoir les invitations pourtant bien explicites de « Pierre ».
    Mais pourquoi nous est-il beaucoup plus facile d’exprimer « bon, ben maintenant tu vas partir, OK ? » avec notre corps qu’avec des mots, comme si ces derniers étaient plus violents ? Peut-être justement parce que recevoir un message non-verbal montre que le récepteur porte attention à l’émetteur, tandis que recevoir un message verbal en particulier une injonction ne laisse pas ce choix au récepteur ?

    * à ce titre, j’apprécierais si vous formuliez plus explicitement vos références scientifiques 😉
    ** je précise qu’il s’agit de situations où la consultation s’est déjà éternisée anormalement longtemps et dans lesquelles le patient ne « dit » plus rien.

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    • Romain
      Romain dit :

      Je vous remercie buerhap pour ce témoignage issu d’un cadre professionnel qui je pense est parlant à beaucoup de lecteurs et qui illustre de manière concrète le sujet de cet article.

      Pour rebondir dessus, je pense que notre savoir-vivre (être ?) nous empêche de dire tout haut ce que l’on pense à l’intérieur. Le corps quant à lui suit de manière primitive les ordres du système limbique dont les réactions tendent, sur le moment, à nous éloigner des choses que l’on n’apprécie pas et à nous rapprocher des choses que l’on désire. C’est de là que vient la notion que je nomme « le corps va là où l’esprit souhaite aller »

      Je suis également ravi de voir que le langage du corps est enseigné au sein du corps médical. Comme vous le savez, il existe plusieurs écoles autour du langage du corps. Je serais curieux de savoir quelles approches vous privilégiez dans votre enseignement auprès de vos confrères ?

      PS : Je publierai prochainement un article récapitulant les sources essentielles pour toute personne souhaitant approfondir dans le domaine du non-verbal et ainsi satisfaire la soif de savoir des plus pointilleux dans ce champ d’expertise. 😉

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  2. Jean-Yves
    Jean-Yves dit :

    La position des pieds ! Très importante !

    C’est Navarro qui disait que les pieds sont la partie la plus honnête du corps, car la plus éloignée du cerveau.

    Ca fait plaisir de revoir un article chez toi !

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  3. Xavier
    Xavier dit :

    J’aimerais aussi avoir les sources, car je dénote une contradiction entre ce que tu dis Romain et ce que j’ai moi même appris et observé, notamment quand tu parles des « starting-block ». Quand tu vois une personne penchée vers l’avant, sur les accoudoirs ou les coudes sur la table, penses tu vraiment que la personne souhaite partir? Moi j’y vois un intérêt pour la conversation, voir une implication!

    Montre nous des exemples en image!

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  4. bluerhap
    bluerhap dit :

    En réponse à Xavier, il me semble que la réponse est dans la partie basse du corps : l’attitude d’écoute active est en effet manifestée par une posture inclinée vers l’avant, mais avec un bas du corps au repos. Ce qui est différent de l’image des « starting blocks » où les jambes sont vers l’arrière prêtes à donner au corps une poussée vers l’avant.

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  5. han
    han dit :

    j’aimerais vous remercier Romain pour les exercices à pratiquer pour devellopper mon sens d’observation et comprendre ce que les autres pensent ou ressentent au travers de leur gestuels, parce que c’est ma première fois de faire mes commentaires sur décodeurnonverbal.fr; vous êtes un rée Romain.
    merci encore une fois

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  6. Xavier
    Xavier dit :

    Bluerhap, même votre explication demande des preuves en image, car pour avoir vu des centaines de vidéos d’entretiens, les jambes peuvent avoir plusieurs positions, nous parlons pour notre part d’une notion « d’ancrage » dans le sol…

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    • David
      David dit :

      Xavier, il semble que les positions d’intérêt que tu évoques sont différentes de celles dont parle Romain.

      La position Startingblock est une position prise pour préparer une impulsion. Si on imagine une personne assise, qu’elle pose sa main sur la chaise à côté et que la main se crispe, si ses jambes se raidissent, on peut y voir l’amorce d’un mouvement que je qualifierai « d’éjection ». L’individu en question est sur le point de se lever, et donc, de se « projeter » en quelque sorte.

      Ca n’a pas grand chose à voir avec les signes d’intérêts tels qu’être penché en avant. Je pense que c’est ce qui vous a induit en erreur.

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  7. Hervé
    Hervé dit :

    Bonjour et merci pour cet article Romain.
    Je trouve les commentaires tout aussi intéressants.

    Pour ma part, j’ai retenu une de tes réflexions, Romain : « Les gestes se vivent tous les jours ».

    Il est, à mon sens, très important de ne surtout pas « avaler tout cru » ce que l’on peux lire ou écouter d’entrée de jeu.
    Il faut observer, expérimenter et ainsi se faire sa propre opinion, sa propre expérience… Il n’y a que cette solution pour se rendre compte de la véracité de ce qu’on a pu lire ou écouter…

    C’est, je crois, ta philosophie, à laquelle j’adhère complètement.

    Merci Xavier et David pour vos commentaires !

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  8. Patricia
    Patricia dit :

    Navarro comme référence, pas mal :) Peu de personnes écoutent le langage corporel, surtout depuis l’ère du tout numérique ou le principal mode d’échange est le mail ou le sms, les gens sont déconnectés de la vraie vie et des vraies messages d’humains, mais si vous savez ces créatures analogiques….

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