David Matsumoto

[Interview] Dr. David Matsumoto : expert du non-verbal, des émotions et des microexpressions

 

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Vous pouvez écouter cette interview en cliquant sur le bouton Play au-dessus, ou télécharger le MP3 en cliquant sur Télécharger ou en faisant un clic droit ici puis « enregistrer le lien sous…. » ou récupérer l’interview sur iTunes. Ce n’est pas le choix qui manque. 😉

Transcription texte (en français) de l’interview

Romain Collignon : Bonjour, ici Romain Collignon du blog le decodeurdunonverbal.fr. J’ai le plaisir d’accueillir aujourd’hui pour cette interview le Dr. Matsumoto qui est un grand expert dans le domaine des émotions, des microexpressions et du comportement non-verbal. Le Dr. Matsumoto est actuellement professeur de psychologie à l’Université de San Fransisco et le Directeur d’une entreprise tout à fait unique en son genre Humintell. Une fois n’est pas coutume, on va continuer cette interview en anglais et vous allez pouvoir apprécier mon accent unique en son genre. Bonjour Dr Matsumoto !

Dr. David Matsumoto : Bonjour !

Romain Collignon : Pour commencer cette interview est-ce que tu pourrais nous raconter ton histoire et ce qui t’a amené dans ce monde fascinant qu’est la communication non-verbale ?

Dr. David Matsumoto : Je ne sais pas si on peut vraiment dire si j’ai une histoire. Je me souviens avoir toujours été fasciné, et ce depuis mes années d’études à l’Université du Michigan,  par le fait que les enfants puissent  comprendre l’état émotionnel de leurs parents sans même comprendre les mots. Cet intérêt m’a amené à réaliser un projet de recherche dans mon 1er cycle universitaire sur : « Comment les enfants de maternelle peuvent comprendre les émotions exprimées par le paraverbal ? » et non pas dans les mots. Et parce que ce projet de recherche impliquait des indices paraverbaux, je suis arrivé dans le monde de la communication non-verbale.

En ce temps-là, je faisais également du judo et j’allais au Japon pour m’entrainer, et comme je devais étudier pendant la journée, j’ai décidé de collecter des informations avec l’aide d’amis. Quand je suis rentré dans le Michigan, j’étais en mesure de pouvoir faire une étude interculturelle. Ce fut quasiment par coincidence que j’ai pu faire cette étude interculturelle avec un focus sur la communication non-verbale. C’était le début. Quand ensuite je passais ma maitrise à Berkley, mon mentor de l’époque m’a conseillé de venir travailler avec Paul Ekman, mon autre mentor ici à San Francisco. Ce que j’ai fait. J’ai travaillé avec lui. Et à ce moment-là, plus tu étudies quelque chose plus tu deviens un expert dans le domaine. Et après 4 ou 5 années, c’est devenu en quelque sorte mon truc ! Tout a commencé par mon intérêt de savoir pourquoi les enfants pouvaient comprendre les émotions sans comprendre les mots.

Romain Collignon: Ok – Merci pour cette histoire. Désormais tu es le Directeur de Humintell, une entreprise qui propose un entrainement unique en son genre dans le domaine de la communication non-verbale. Est-ce que tu pourrais nous parler de cette entreprise et du travail que vous y faites ?

Dr. David Matsumoto : Oui bien sûr ! Comme tu le sais à l’Université il y a beaucoup de chercheurs qui étudient le comportement non-verbal et qui produisent beaucoup de connaissances à ce sujet. J’en fais d’ailleurs partie. Ce que fait mon entreprise, dans un premier temps, c’est beaucoup de recherche. On mène beaucoup de recherche appliquée mais également fondamentale qui se concentre non seulement sur la communication non-verbale mais également verbale afin de créer des connaissances que les gens peuvent utiliser dans leur quotidien ou dans certains types de professions.

Ensuite nous prenons cette connaissance générée par nos recherches ainsi que d’autres pour les intégrer dans des programmes d’entrainement qui aident les gens à apprendre et à comprendre les comportements non-verbaux et verbaux lorsqu’ils interagissent avec d’autres personnes. Ainsi, les personnes dont la profession implique une interaction en face à face, et où les informations qu’ils doivent obtenir sur d’autres personnes sont importantes, et bien ces personnes peuvent apprendre à avoir un avantage dans leurs interactions. En somme, mon entreprise conduit de la recherche appliquée dont les connaissances produites sont utilisées dans des programmes d’entrainement qui sont mis à disposition des personnes qui souhaitent obtenir ce genre d’informations.

Romain Collignon : Ok – Merci Dr. Matsumoto. Je connais votre programme d’entrainement et il y a dedans beaucoup de microexpressions.

Ceci n’est que mon avis, mais les microexpressions ne sont pas des indices non-verbaux qu’il est facile d’utiliser au quotidien. Et qu’il est plus pratique de se concentrer sur des gestes plus évidents. Je pense qu’il n’est pas possible de voir les microexpressions si tu n’es pas entrainé à les observer. Quel est ton avis à ce sujet ?

Dr. David Matsumoto : Je pense que tu as certainement raison. Au quotidien il n’est pas nécessaire d’apprendre les microexpressions. Les Hommes vivent sur Terre depuis très longtemps sans avoir appris à reconnaitre les microexpressions. Ils ont réussi à survivre sans. Il est donc évident que les gens n’ont pas besoin d’apprendre les microexpressions dans leur quotidien. Mais il y a deux aspects que j’aimerais soulever à ce sujet : 1) Il existe des professions où les microexpressions sont très utiles. Cela donne un avantage précieux pour comprendre ce que ressent l’autre personne. Dans ces professions spécifiques, apprendre les microexpressions est utile. Et 2) au quotidien, les microexpressions ne sont pas si importantes que ca. Mais les gens souhaitent apprendre à lire les émotions ainsi que les autres gestes dont tu parles.

Romain Collignon: Ok – Tu me disais un peu plus tôt que ton intérêt pour le non-verbal est venu de l’observation des différences culturelles. Et si je ne me trompe pas, tu mènes également des recherches dans les domaines des cultures et des émotions. Je me demandais si tu pouvais nous dire quels sont les sujets bouillants sur cette thématique actuellement ?

Dr. David Matsumoto : Le domaine de recherche autour des cultures est très vaste. Il y a énormément de recherches dans ce domaine. Il est possible de les différencier en fonction de la facette de l’émotion qui est étudiée. Par exemple, si tu étudies les expressions faciales en fonction du comportement, c’est en fait un aspect de l’émotion. Certaines personnes étudient les réactions physiologiques liées à une émotion, d’autres étudient l’expérience émotionelle que l’on lie à nos mots. Certaines personnes étudient les attitudes que l’on a face aux émotions. Et en fait, plus tu étudies l’aspect cognitif de l’émotion, plus les différences de comportement liées à la culture sont présentes. Par exemple, en étudiant les réactions physiologiques immédiates ou l’expression immédiate d’un comportement, les différences culturelles sont minimum. A l’inverse, en étudiant le langage par exemple, les différences culturelles sont plus importantes. Il y a donc un nombre conséquent de sujets dans ce domaine « culture et émotions ».

Romain Collignon :  Je vois ce dont tu parles. Je lisais encore quelque chose aujourd’hui qui disait : « C’est en voyageant que tu connais mieux l’autre » Parce que tu connais les autres cultures et tu sais comment parler avec l’autre. Dr. Matsumoto tu as cette vision universitaire de la communication non-verbale. Parce qu’il existe de nombreuses manières d’apprendre le langage corporel qui sont plus ou moins fiables. Quel est ton point de vue à ce sujet ? Pourrais-tu nous dire comment, en tant que scientifique, tu effectues tes recherches sur la communication non-verbale ?

Dr. David Matsumoto : C’est une très bonne question. La façon dont nous procedons dépend de ce que nous étudions. Mais laisse-moi te donner un exemple. Il y a de nombreux « experts » qui se disent spécialistes de la communication non-verbale. Lorsque tu jettes un oeil sur ce qu’ils font, leurs connaissances sont essentiellement basées sur leur expérience. Cela peut-être d’anciens agents de police, des ex-agents du FBI. Ce qui est bien ! L’expérience est une source de données très intéressante. Mais en tant que chercheur, l’expérimence est un point de départ et non pas un point final. On emploie des méthodes scientifiques d’investigation pour valider si nos expérimentations sont vraies ou fausses pour tout le monde. C’est vraiment la grande différence. Lorsque tu utilises des méthodes scientifiques, lorsque tu essaies de trouver des principes généralisables, cela va au-delà de l’expérience d’une seule personne. C’est vraiment la différence. Par exemple, il y a beaucoup de gens qui disent que couvrir sa bouche avec la main est lié à un mensonge et bien peut-être que certaines personnes ont pu constater ce fait. Mais si tu appliques une méthode scientifique pour valider ce geste, tu constates que ce n’est pas vrai tout le temps.

Romain Collignon : Parfois oui, parfois non.

Dr. David Matsumoto : Oui effectivement. Parfois oui, parfois non. Et c’est pourquoi j’hésite à enseigner ce que j’expérimente. Premièrement, je suis un chercheur, je suis un scientifique, je crois en la méthodologie. Et secondement, je n’ai pas envie d’enseigner aux autres quelque chose de potentiellement faux. Et ce qui peut être vrai pour une personne peut être incorrect pour le reste du monde. Et c’est la grosse différence. Ce n’est pas que je souhaite remettre en cause l’expérience de chacun, parce que je pense que l’expérience fait apprendre et est une source importante d’informations. Mais en tant que scientifique, la propre experience est le début de la validation d’un geste.

Romain Collignon : Je comprends ce que tu veux dire.

Dr. David Matsumoto : C’est la différence.

Romain Collignon : Merci. Dr. Matsumoto, j’ai une dernière question pour toi. Si tu avais un conseil à donner pour les lecteurs pour qu’ils améliorent la lecture du langage du corps, quel serait ce conseil ?

Dr. David Matsumoto : Ca serait de regarder le visage. Le visage est l’endroit où s’expriment les émotions. Le visage n’est pas tout et les émotions non plus mais si tu souhaites apprendre une seule chose de bien, c’est de regarder ici. C’est là où ca paye le plus. Bien entendu, tout n’est pas sur le visage mais c’est l’endroit qui rapporte le plus.

Romain Collignon : Merci beaucoup pour le temps que tu nous a accordé, pour ta contribution formidable. J’ai beaucoup apprécié ta facon de voir les choses. Merci beaucoup pour toute cette information, c’était très intéressant et de grande qualité.

Dr. David Matsumoto : Ok merci beaucoup, en revoir.

12 réponses
  1. Julien
    Julien dit :

    Bonjour Romain,
    Merci pour cette vidéo riche en enseignement. David Matsumoto est surement un des plus grands experts dans domaine des micro expressions et tu as de la chance de l’avoir interviewé . Comment as tu procédé ? Skype ?
    Julien

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    • Romain
      Romain dit :

      Salut Julien,

      Oui exactement, j’ai utilisé Skype couplé à un petit logiciel Call Recorder pour enregistrer la conversation – super pratique quand l’expert se trouve de l’autre côté de la planète. 😉

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  2. Jean-Yves
    Jean-Yves dit :

    Génial !

    On notera la petite pique à Navarro au passage et sa préférence pour le visage !

    Je pense qu’il aurait même pu rajouter « la bouche » lorsqu’il parle de focaliser son attention sur le visage !
    Je trouve que c’est l’endroit exact qui « paie le plus » comme il dit si bien :)

    Mais le visage…. je trouve qu’il est dur à controler seulement en cas de fortes émotions !

    Géniale interview, bravo !

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    • Romain
      Romain dit :

      Merci Jean-Yves pour ton commentaire. 😉 J’ai bien aimé aussi la référence à Joe Navarro (ex-agent du FBI) où il explique que l’expérience personnelle est finalement nécessaire à la compréhension du non-verbal sans pour autant en être une finalité d’un point de vue la rigueur scientifique.

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  3. Named de Proactive Activity
    Named de Proactive Activity dit :

    Salut Romain

    C’est toujours de voir du contenu de qualité sur ton blog intervenants reconnus dans une thématique ou il y’a peut de ressources en français.

    Je partagerais ton interview dans une de mes prochaines revues hebdomadaire sur mon blog ou Semeunacte.

    Je voulais d’ailleurs te demander si tu as des ressources à me recommander en anglais sur le langage non-verbal.

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  4. Mathieu
    Mathieu dit :

    Bonjour Romain,
    Félicitations pour cette interview.
    Je suppose que comme nous les lecteurs tu as du en apprendre pas mal. Et puis, ça fait toujours plaisir de parler aux « pros », n’est-ce-pas ?

    A bientôt,
    Mathieu

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